lundi, 29 septembre 2008
« Peau noire, masque blanc » *
Je suis en train de nouer la corde pour me pendre, avec ce que je vais écrire (sans blagues). Je sais déjà ce qu'on va me dire (ou penser très fort): "tu ne sais pas de quoi tu parles, tu ne peux pas comprendre". Hmm. Mais comme je suis née avec des penchants de martyre à un moment ou un autre, c'est plus fort que moi.
Je suis une assidue d'Un Dîner Presque Parfait, sur M6. Étant passionée de cuisine, je ne loupe pas un épisode (ou si je loupe, bless M6 Replay !). Et à la fin de l'émission, je laisse tout simplement sur M6, avec 100% Mag.
Honnêtement, 100% Mag se laisse voir (ou écouter, je suis souvent sur mon ordi donc je n'écoute que d'une oreille). Il y a souvent des sujets farfelus, mais quelques-uns sont très intéressants.
Du genre celui du 22 septembre, où on parlait de ces femmes qui se faisaient blanchir la peau.
Etant métisse... et plutôt "claire" (pas tant que ma soeur), je ne comprends a priori pas ce que poussent les Négro-africaines (ou européennes) et les Asiatiques (je pense surtout aux Indiennes) à se faire claircir la peau chimiquement. Mais ce n'est qu'un a priori.
Souvent je me dis que c'est plus facile de n'être que blanche ou de n'être que noire. En Angola, mon propre pays, on me regarde de travers parce que j'ai cette couleur de peau et pas une autre, on n'accepte pas que je sois angolaise à cause de cette peau (et surtout ce nom imprononçable !). Combien de fois j'ai entendu "vous, de votre race [métisse], vous avez beaucoup de pouvoir", "tu as une couleur de cafard...", "vous les albinos...", "vous les métis, vous vous prenez pour..."
Mais ça doit être un des plus grands paradoxes de notre société (angolaise).
Prenant un cas qui m'est très proche (quand je dis proche, c'est dans la famille), de quelqu'un (ou quelqu'une) qui avait toujours quelque chose à redire sur mon métissage alors qu'elle est noire. Lorsque sa fille est née (enfant de deux Noirs), elle a lancé "ma fille est métisse, tu crois quoi ?!" Va comprendre.
On a des préjugés contre les Métis, mais l'être veut dire appartenir à une certaine classe sociale (vers le haut, bien sûr). Epouser un/e Blanc/he (étranger/e surtout), c'est le summum de la réussite sociale, avoir un enfant métis est l'Oscar de cette même réussite.
Alors, si a priori je ne devrais pas comprendre pourquoi des femmes se blanchissent la peau, je comprends son influence. Les Négro-américaines qui ont réussi sont plutôt light-skinned, dans les films et les séries, ce n'est pas bizarre de voir un/e Noir/e qui a la peau plus blanche que le Blanc d'à côté, enfant de deux Nègres bon teint.
Tout ceci n'est que complexe.
Et une question d'éducation.
Après tout, on a bien inventé le "Black is beautiful" quelque part.
* Peau noire, masque blanc est un essai de Frantz Fanon dans les années 1960/70s sur les complexes des Noirs antillais et les Négro-africains.
Il m'a été suggéré par Mohand Khelil, créateur de la sociologie de l'intégration (et super prof avec ça !) lorsque j'avais décidé de travailler sur la double-face du métissage (oui, c'est un thème qui m'est cher: la mixité !).
A (re)lire: Je suis noir et je n'aime pas le manioc de Gaston Kelman (je suis à moitié d'accord seulement)...
D'autres idées de lectures...:
00:00 Publié dans Ladybird talking (seriously) | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ladybird talking (seriously), racisme, métissage, tv show, blanchissement de peau








