jeudi, 24 juillet 2008

• Livres lus en 2008

48fb64f67c7e7c3dd628378c264a73f8.jpgJuin (4/29) (Metz, Elange, Manderen, Thionville, Nancy)

Collectif - « Dernières Nouvelles du 87 » - Nouvelles, Editions Héloïse D'Ormesson 3.5/5
de ROSNAY, Tatiana (Angleterre/France) - « La Mémoire des Murs » - Roman, Editions Héloïse D'Ormesson 3.5/5
THILLIEZ, Franck (France) - « Deuils de miel » - Polar, Pocket 3/5
KING, Stephen (États-Unis) - « Carrie » (VO)(VF: Carrie) - Roman, Pocket Books Fiction 4/5

Juillet (4/33)
MUSSO, Guillaume (France) - « Parce que je t'aime » - Roman, Pocket 2/5
SARAMAGO, José (Portugal) - « Ensaio sobre a cegueira » (VO)(VF: L'Aveuglement) - Roman, Caminho 4/5
MAAS, Sharon (Guyane) - « Peacocks Dancing » (VO)(VF: La Danse des Paons) - Roman, Harper Collins 4/5
MARTINI, François (France) - « Je suis un héros » - Roman, auto-édition 3/5



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jeudi, 05 juin 2008

Collectif - « Dernières Nouvelles du 87 »

Dernières Nouvelles du 87 #1 ♥♥♥♦

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Voici un cadeau de Tatiana de Rosnay qui n'est pas tombé dans les mains d'une ingrate ! Huit auteurs d'Héloïse D'Ormesson (Richard Andrieux, Raymond Clarimard, Abha Dawesar, Luke Davies, Eric Genetet, Catherine Locandro, Roman Rijka et Tatiana de Rosnay) se sont réunis pour écrire une nouvelle autour de l'appartement d'auteur de la maison, située le 87 Boulevard St Michel. Dans cet appartement, à côté de celui des bureaux, les écrivains sont invités à y ressourcer et à s'y isoler pendant l'écriture de leurs romans.
C'est plutôt difficile de noter un recueil de nouvelles alors que les styles sont totalement différents et certains complètement déjantés (comme Julie, la Fée et l'Hippopotame de Richard Andrieux). Mais ça a le mérite de faire connaître d'autres, comme Catherine Locandro, dont la nouvelle, Un Livre dans la Bouche, où elle met en scène son propre assassinat au 87, donne envie de lire son livre Les Anges déçus (quoique pas épais, à ce qu'il paraît). Celle de Tatiana met en scène des personnages de romans de la maison: Pascaline de sa Mémoire des Murs, Babyji de Dawesar, José d'Andrieux et il y a même l'allusion à Sarah... Certains détails m'échappent, mais tout comme Locandro, c'est un moyen de mettre en bouche la Mémoire des Murs avec Pascaline.

Ce livre n'a qu'un but: donner envie de lire les auteurs de la maison. Comme Locandro que j'ai ajouté à ma LAL (Envies cadeaux ça fait trop intéressée) et puisque c'est mon anniversaire bientôt...
« 87 » n'est pas à vendre, il est offert, et comme l'a dit Tatiana, je peux (et d'autres avec moi) frimer avec ;-)

dimanche, 11 mai 2008

SEDARIS, David (Etats-Unis)



Joy me fait découvrir David Sedaris, bits by bits ;-)

Lu :
• Me talk pretty one day

Me talk pretty one day ♥♥♥♥ (VO)(Disponible en français : Je parler français)
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David Sedaris nous présente 22 nouvelles autobiographiques avec humour et tendresse, de son enfance en Caroline du Nord jusqu'au jour où il part vivre à Paris avec Hugh, son compagnon. De ses origines grecques, de son enfance "banale" comparée à Hugh, des animaux de compagnie, de ses années "art contemporain et drogues", de ses années de petits boulots, et d'autres encore, il est impossible de ne pas sourire.
Lorsque arrive la deuxième partie où il raconte ses débuts chaotiques en France, ne serait-ce par la langue, on a droit à un humour proche de celui de Stephen Clarke, mais en vrai. Ce n'est pas un roman, il l'a vécu. Mais j'ai souvent la sensation qu'il est aussi clueless que le héros Paul West ;-)

Des extraits
« Our parents discouraged us from using the titles 'ma'am' or 'sir' when addressing a teacher or shopkeeper. Tobacco was acceptable in the form of a cigarette, but should any of us experiment with plug or snuff, we would automatically be disinherited. Mountain Drew was forbidden, and our speech was monitored for the slightest hint of a Raleigh accent. Use the word 'y'all', and before you knew it, you'd find yourself in a haystack Frenchkissing an underage goat. » pp 6061 (You can't kill the Rooster)

Ceci est pour ma mère ;-) : « The passage of time has not altered my father's obsessive attention to my sisters' weight and appearance. He wonders why the girls don't drop by more often, and then when they do, he opens the door asking, 'It's just my imagination, or have you put on a few pounds ? » pp.136-137 (A Shiner like a Diamond)

« 'Excuse me, but what's Easter ?'
(...) The Poles led the charge to the best of theur ability. "It is," said one, "a party for the little boy of God who calls his self Jesus and... oh, shit." She faltered and her fellow countryman came to her aid.
"He calls his self Jesus and then he be die one day on two... morsels of... lumber."
The rest of the class jumped in, offering bits of information that would have given the pope an aneurysm.
"He die one day and then he go above of my head to live with your father."
"He weared of himself the long hair and after he die, the first day he come back here for to say hello to the peoples."
"He nice, the Jesus." » p. 177 (Jesus shaves)

dimanche, 27 avril 2008

CACHIN, Nathalie (France)

Les Trophées de Constance & autres objets de désir ♥♥♥♥

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Nathalie Cachin signe ici son "premier livre publié" comme le dit la couverture. Elle fait partie des blogueurs qui sont découverts sous la toile et offerts une publication. Et son éditeur ne s'est pas trompé : le blog de Nathalie était un vrai bijou (il est fermé) et j'aimais y jeter un coup d'oeil, sourire à sa plume et voyager avec ses voyages multiples.
On retrouve sa plume dans 18 nouvelles, dont le thème est le désir, l'envie, la jalousie et les fantasmes. Des femmes libres qui veulent être l'autre par fantasme, qui sont en couple mais ne savent plus comment s'en aller, des femmes qui veulent une autre vie que les leurs.
Je peux ne pas partager les idées de certaines, mais les histoires se lisent toutes seules, on les imagine comme au cinéma...

mardi, 09 octobre 2007

BESSORA (Gabon/Suisse)

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Les Taches d'Encre
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• Muriel est une apatride Rwandaise, voyante à Paris. Bianca Lévêque est une petite bourgeoise nostalgique des temps coloniaux, qui par amour pour son concubin de dix ans, Bernard Frick, est devenue athée et communiste. Aimé Eulalie est un Congolais (ex-Zaïrois) qui veut récupérer la garde se sa fille Valentine. Azraël Frick, frère de Bernard, travaille pour Aimé dans Floriland (fleuriste) et Funland (services funéraires).
Muriel, qui fuit les avances de Gilles, homme marié, demande à Aimé de l'héberger dans sa garçonnière (baisodrome) et enfin emménage dans l'appartement d'Azraël en tant que colocataire.
Et sans le savoir, tout ce petit monde se connaît, reliés par des histoires qui dorment dans leurs souvenirs perdus (ou pas trop).

• Hmm. Je ne sais pas du tout ce que je pense de ce livre. D'un, ça se lit vite et bien. On aimerait savoir ce qu'il se passera, comment se feront les rencontres, quels sont les secrets de Bianca, d'Aimé, de Muriel...
Mais après on se rend compte que ces secrets-là nous sont dits (ou presque) depuis le début, on sait qui est qui.
La famille de Bianca est une famille qui m'est indigeste. Raciste, pro-coloniale, les Noirs en Afrique ou les Kanaks en Nouvelle-Calédonie sont des indigènes (soit dit en passant, c'est une insulte), ils ne disent pas République démocratique du Congo, mais Zaïre, on oublie Kinshasa, on revient à Leopoldville, Stanleyville. Bianca est une tête à claques.
Muriel est une voyante qui ne voit rien ou peu de choses, Bernard et Azraël sont schyzo (pas possible autrement).
Bref. Une lecture rapide et curieuse. Mais si c'est ça le style de Bessora, je ne crois pas que je retenterai ma chance...

Nouvelles

Porte de la Chapelle de Céline Rungeard
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• Je participe depuis quelques mois au concours 1 mois 1 nouvelle des Éditions Gunten. Malheureusement pour moi, je n'ai pas (encore) été sélectionnée, mais on peut trouver des perles.
Il y a des thèmes imposés pour chaque mois. Les 15 finalistes auront droit à faire partie à un recueil collectif.

Ce mois-ci, le thème était Le Quotidien (je n'ai pas participé à celui-là).
Céline Rungeard parle d'un SDF, Francky, qui est dans le métro depuis des heures, regardant les usagers passer, aigri, triste, désespéré, énervé... tout. Et sans réaction. On ne le voit pas...
Si ce n'est pas malheureux...

Nouvelle courte avec une fin "magnifique"!

lundi, 08 octobre 2007

RON L'Infirmier (France)

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Le blog


La chambre d'Albert Camus et autres nouvelles
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• "Ils" en ont tellement parlé! Depuis un moment, "ils" suivaient son blog et prenaient un plaisir fou.
"Ils", ce sont tous les blogueurs et visiteurs qui ont connu Ron l'Infirmier avant tous les autres, et avant que ses posts deviennent un livre.
Et je ne fais pas partie de ces "ils"-là.
J'avais fait une visite, une fois. Mais je n'ai pas accroché.
Mais en lisant ce recueil, je me dis que j'ai raté quelque chose.

• C'est bien. Très bien, même. Rempli d'humanité, d'humour, de coups de coeur et de coups de gueule.
On voit les coulisses du métier d'infirmier, et celui de l'infirmier intérimaire qu'est Ron. On est étonné par l'indifférence de certains, par l'injustice de quelques autres, par l'impuissance de ceux qui restent.
Infirmier des stars à domicile, dans des hôpitaux psychiatriques ou maison de retraite...
A lire, relire et apprendre, et voir la maladie et les soignants d'un autre oeil.


Voir le Tomcast sympa, de Thomas Clément.


mercredi, 03 octobre 2007

Collectif: Dernières nouvelles du Colonialisme

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Lorsqu'est sortie la loi parlant du rôle positif de la colonisation, le Malgache Jean-Luc Raharimanana a envoyé un e-mail à des écrivains africains et antillais pour leur dire "vous avez dix jours pour écrire une nouvelle sur la colonisation."
Un mois et demi plus tard, 16 écrivains se sont joints à Raharimanana pour ce recueil de nouvelles.

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• 17 manières différentes de parler du rôle "positif" de la colonisation, du point de vue de Congolais, de Togolais, de Haïtiens, de Guadeloupéens, de Marocains...
On utilise la fable, le conte, la lettre, la légende, le compte-rendu, l'auto-fiction. Et surtout, surtout, on utilise une bonne dose d'ironie et de second degré.

• Ce sont des nouvelles inégales. Les styles sont diamétralement opposés pour certains. Raharimanana dans Pacification, se penche sur le côté historique; dans Le cru et le cuit, Bessora va dans le burlesque. Marie-Célie Agnant n'utilise pas de ponctuation (c'est une longue phrase sans points ni virgules ou majuscules) pour Je suis de ce pays où l'herbe ne pousse plus... . Certains parlent depuis la traite négrière comme Ernest Pépin et Le 14 juillet d'Isidore. D'autres parlent de la situation présente comme La page blanche de la colonisation de Gary Victor. Et mon préféré reste Propos abracadabrants d'un colonisé d'Alain Mabanckou où il utilise l'ironie et la première personne pour dire que s'il n'y avait pas eu le colon, on serait encore sous la houlette de Shaka Zulu.

Mais le constat est le même. Aucun d'eux n'acceptent que la colonisation soit positivée.
Je sais que quand on me demande pourquoi je parle le portugais, presque inconsciemment je dis "ce sont les Portugais qui nous ont eu", ils ont battu les hollandais. Mais je serai incapable de dire si j'avais voulu n'importe quel autre colon pour nous civiliser.
Ces nouvelles, malgré leur côté ironique, sont violentes. Elles nous percutent par l'odeur, par la vue, par la douleur. Et surtout cette injustice qui ressort dans chacune d'entre elles. Que ce soit pour la traite négrière comme pour le fait qu'aujourd'hui, juste par le fait d'avoir la peau noire, on est déjà coupable.
Par exemple, quand on veut parler d'un Noir... Alors que les Africains eux-mêmes se nomment Négro-Africains et/ou Nègre, un Blanc aura plus de mal. Car malgré tout, Nègre a une mauvaise connotation, c'est un nom qui pèse. Mais moi (et beaucoup d'autres), aussi Métisse que je puisse être, je refuse d'être appelée "Black". On veut m'appeler Noire, Négresse, soit. Insultant est "Black". Mais on est en plein dans un mouvement où on marche sur des oeufs, on ne sait plus comment s'adresser à l'autre, comment réagir face à l'autre.

Moi, je ne suis pas colonisée, je suis née en terres indépendantes, même si je suis petite-fille d'Européens. Je ne suis pas une "Noire exportée" comme disait une amie à moi, malgré la violence de ses propos. Mais du fait que je sois moi Métisse, j'ai comme le timbre de je ne sais quel esclavagiste sur mon front. En Angola, c'est Blanche qu'on m'appelle.

Dans la nouvelle de Benjamin Sehene, Ta Race, un Rwandais est emmené au poste de police en GAV suite aux émeutes de banlieue, juste parce qu'il se retrouvait là sur son chemin et qu'il était noir. Pour Sami Tchak et son Pont allemand, les colons ont beau coupé des mains et des pieds à des indigènes. Mais c'était pour leur bien. Pour qu'ils progressent.
Je ne me souviens plus quel était l'auteur (ou même la nouvelle) qui a écrit les tiers-mondistes ont une dette envers l'Occident... ils ont été exploités, volés, violés, mutilés, tués, et encore on doit leur payer en leur remerciant.
Après la lecture de ce recueil, on ne peut que comprendre le déchaînement contre cette loi. Pour ceux qui étaient déjà en colère, on n'a rien fait pour calmer le jeu. Pour ceux qui ne comprennent pas, c'est le bon moment.
Enfin de comptes, comme le dit Benjamin Sehene, beaucoup d'enfants d'immigrés, par délit de faciès ne sont ni Africains, ni Européens. Nés en France mais toujours renvoyés à leurs origines.
Jusqu'à quand?

Moi je sais, que malgré mon nom allemand, c'est toujours là-bas en Afrique qu'on va me renvoyer. Et puis quoi encore...?

DIOME, Fatou (Sénégal) ♥

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Rencontre: 21 mai 2006, Comédie du Livre, Montpellier
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La préférence nationale
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8af7ddce7c41a3fb4013f89492bd188c.jpg= Résumé: En six nouvelles, Fatou Diome évoque son enfance, son bac, son mariage avec un Français, son divorce en France, ses emplois alimentaires, le racisme et discriminations, les préjugés car elle a beau être Noire et femme de ménage, elle n'est pas moins une intellectuelle, qui joue avec Descartes et Voltaires, doctorante en lettres modernes. A compétences égales, elle sera toujours la bonne et son amie française assurera les soutiens à domicile.
Mais par délit de faciès, elle ne sera que la bonne et malgré ses diplômes, on lui parlera toujours en "y'a bon Banania"...

• Six nouvelles aux styles complètement différents.
La mendiante et l'écolière: c'est une écolière dans une famille d'accueil. Pour sauver son argent, elle l'investit auprès d'une lépreuse qui vend des cacahouètes. C'est le seul moyen d'avoir un repas et de ne pas avoir à rentrer à midi...
Mariage volé: Alors qu'elle se marie, la narratrice se souvient du jour de son Bac de français...
Le visage de l'emploi: Même pour un simple job de baby-sitter, être noir est un obstacle. D'emblée, on parle petit-Nègre, on profite de l'accent pour penser qu'on va pas discuter des droits, et le baby-sitting devient bonne à tout faire au revenu minimum. Et même là, on se demande "qu'est-ce qu'on va faire avec ça?!"
La préférence nationale: divorcée, son mari l'ayant reniée pour cause de pression familiale, toujours la préférence au bleu-blanc-rouge, la narratrice a besoin de travailler pour vivre et continuer ses études. Elle répond à une annonce où une mère de famille, qui n'avait pas le bac, voulait du soutien scolaire pour sa fille. En voyant la Négresse arriver, malgré la licence, c'est quelqu'un du type européen qu'elle veut. On pense de la narratrice qu'elle est parano, que si elle se donnait les moyens, elle pouvait avoir tout ce qu'elle voulait.
Elle donne le nuuméro à une amie française qui l'appelle: "j'ai eu le boulot. Merci pour le tuyau. Par contre, leurs voisins ont besoin d'une femme de ménage si ça t'intéresse"...
Cunégonde à la bibliothèque: encore femme de ménage, le chef de famille la surprend à la bibliothèque "des livres? Mais pour qui? Pour quoi faire?"
"Eh bien, pour moi, cher monsieur. Je suis en DEA..."
Le dîner du professeur: Une aventure avec un professeur-docteur de quelque chose. Juste pour faire prendre conscience à la narratrice qu'elle veut seulement que quelqu'un l'aime...

Maintenant une énigme.
Entre une amie et moi, toutes deux africaines. Elle a un nom africain, moi un nom occidental.
Laquelle de nous a plus de chances?

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Le ventre de l'Atlantique
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• Salie, la narratrice, est Sénégalaise. Originaire de l'île de Niodior, sur la côte sénégalaise, elle a émigré en France, ElDorado de tous les habitants de l'île, pour suivre un mari français qui la quitta très vite après son arrivée en France. Étudiante, écrivaine et femme de ménage, elle est reliée à son île, à son frère Madické par le cordon ombilical qu'est le cordon du téléphone, seul moyen de communication entre Salie et son île natale.
Madické, lui, passioné de foot, de Maldini, d'AC Milan et de la Squadra azzura, il ne rêve que d'une chose, comme tous les autres adolescents de Niodior: aller en France et jouer dans des équipes de football françaises. Même s'il est pro-Italien, c'est plus facile d'accéder à son idôle par la France.
De quelle façon peuvent Salie et Ndetare, l'instituteur syndicaliste exilé sur l'île et interdit d'aller en ville, mettre dans la tête de ces jeunes que les quelques Sénefs (joueurs sénégalais évoluant en France) sont des exceptions et que la réalité pour la plupart des immigrés Africains, la vie n'est qu'une succession de désillusions et de rêves avortés?
Mais ces jeunes ne veulent rien savoir. Pour eux, l'exemple du Monsieur de Barbès, notable de l'île qui est parti en France et est revenu triomphant, mais qui enjolive ses anecdotes pour qu'on continue à l'écouter. D'ailleurs, il a la seule télé de l'île, où les adolescents assistent aux matchs des Bleus. Mais que faire de Moussa, aspirant Sénef qui est revenu [via charter]? Non, pour ces jeunes-là, Moussa est une erreur de parcours.

• C'est toujours difficile. L'immigré ne peut pas dire à celui qui veut émigrer que l'émigration n'est pas que facilité, car sinon, la réplique immédiate sera: alors? Si ce n'est pas si bien, pourquoi tu y restes? Comment expliquer alors que la vie en France (ou en Europe en général) n'est pas facile, que les étrangers ont du mal, sont exploités, qu'ils peinent à avoir des papiers, que dès l'arrivée en France, ils n'ont pas encore traverser la frontière, que l'officier des douanes lancent des Ça me saoule que vous veniez chercher votre fortune ici. Vous n'avez qu'à rester sous les cocotiers chez vous. Ou quand un groupe d'Africains parle une langue qui est inconnue du bataillon, on lance Vous comprenez ce qu'ils ditent? Non, mais vous parlez comment là-bas? Avec les pieds?, faut-il préciser que l'Afrique n'est pas UN pays, mais un continent avec 53 et presque le millier de langues bantoues?
Et puis, cette tradition implicite. Quand l'émigré revient au pays, peut importe s'il y souffre, s'il y est au chômage, s'il est "technicien de surface" ou veilleur de nuit. Quand il revient, il se doit d'apporter des cadeaux pour toute la famille qui n'est pas restreinte. Même les membres de la famille éloignée par on ne sait quelle branche de l'arbre généalogique. Car sur Niordior, tout le monde est cousin de tout le monde. Depuis des générations, ce sont les mêmes mariages, les mêmes noms qui circulent. Alors forcément, la famille ne cesse jamais.
Si on revient les mains dans les poches, on subit les quolibets et scandale de ses voisins, on jette la honte sur la maison de ses parents et de sa famille la plus proche. Maintenant que tu vis en Europe, tu oublies tes obligations. Tu n'envoies pas de sous à la famille. N'oublie pas pourquoi on t'a envoyé. Tu dois nous aider. C'est ton devoir. Mais non. En Occident, tu es devenu individualiste. Tu ne penses qu'à toi. Tu ne portes même plus les habits traditionnels, tu veux être comme eux.
Alors en revenant, les aides soignants sont médecins, les remplaçants sont professeurs, les techniciens de surface sont hôtes d'accueil.
Le seul lien qu'a Salie avec Madické, c'est le téléphone et le foot. C'est le seul sujet de conversation. Quand Madické ne peut pas assister aux matchs, il appelle sa soeur du télécentre, pour qu'elle le rappelle saignant pour France Telecom et qu'elle lui raconte les détails.
Parce que même si elle trouve que son frère est égocentrique, il n'y a que le foot, elle regardera tous les matchs pour lui. Même sans argent, elle achètera tout l'équipement de foot qu'il demandera. C'est sa manière de veiller sur lui.

• Fatou Diome est à ajouter à ma liste d'auteurs à relire. Son écriture est si poétique, si imagée! Elle a un humour noir relatant la détresse des immigrants en France, cette différence d'attitude lorsque l'Africain est brillant dans son domaine, on lui fait la fête, lorsque c'est un immigrant lambda, à qui le tour.
Mais comment expliquer aux autres ce dilemme qui est en nous, plupart des étrangers, qui ne sauraient rester à l'étranger très longtemps mais que rentrer au pays leur est devenu insuffisant?
Comment expliquer à ceux qui veulent absolument partir, qu'il n'y a rien de mieux que "chez nous", mais que d'un autre côté, chez nous ce sera toujours là où on posera nos oreillers? Que nous ne sommes pas nous sans l'Afrique et sans l'Europe? Que nous avons besoin de marcher dans les pas des deux?
Chez moi? Chez l'Autre? Être hybride, l'Afrique et l'Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. Je suis l'enfant présenté au sabre du roi Salomon pour le juste partage. Exilée en permanence, je passe mes nuits à souder les rails qui mènent à l'identité. (...) Je cherche mon territoire sur une page blanche; un carnet, ça tient dans un sac de voyage. Alors, partout où je pose mes valises, je suis chez moi.D'un côté, je n'ai pas de légitimité à parler du même genre d'immigration. Car je suis étudiante et que je ne travaille pas pour vivre, que je souffre pas des mêmes galères. Nos points communs seraient le départ et l'administration, et encore... Quand je rentre en Angola, on n'attend pas de moi que j'apporte quoique ce soit. Déjà que le sens des finances se fait à l'opposé, c'est de l'Angola qui vient mon argent de poche, et ce n'est pas de la France qu'on envoie en Angola.
Mais.. Il y a tellement de choses à dire, à écrire...

Je ne ferai que conseiller ce livre, il vaut le coup d'être lu et Fatou Diome vaut le coup d'être connue. Bientôt, son livre sera disponible en anglais, et ça, c'est top!

samedi, 29 septembre 2007

VELTRONI, Walter (Italie)

Bibliographie: Senza Patricio (Patricio, je t'aime. Papa)

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Patricio, je t'aime. Papa
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