mardi, 09 octobre 2007

En vadrouille #2.3 - Été 2006: Angola

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#1 - Homeland (19 juillet)
Il était une fois... Et puis c'est tout! :P Après une odyssée où tout me disait de rester à Amsterdam, je me trouve en Angola, pays natal depuis 05h30 ce matin! J'ai déjà vu (presque) tous mes frères et soeur présents sur le territoire (c'est à dire La Parisienne, le Diplomate, DJ Daf et le Géant), ce qui est une première pour une première demi-journée! Il ne me manque plus que le petit dernier, Prince. Ma mère est encore dans le sud chez ma grand-mère... Et mon père au Brésil. Qui a dit qu'on était nomades. Moi? Ah bon...
#2 - Fille de...? (20 juillet)
J'ai beau avoir dit à mon père qu'un jour je cesserai d'être la fille du Philosophe et qu'il sera le père de Jo Ann. C'est une énorme différence. Mais la réalité est diffèrente et je dois admettre que c'est bien confortable de temps en temps, d'être la fille de mon père. Mardi, je quittais Amsterdam sans avoir de place ni de billet pour le vol Paris-Luanda. Mais je suis née sous une bonne étoile, et j'ai eu une place en classe affaires. Je me demande combien d'autres auraient cette chance dans les mêmes conditions... Non, je ne vais pas cracher dans la soupe. Avoir un père comme le mien à Roissy, peut sauver des vies!
#3 - La haute bourgeoisie (25 juillet)
J'ai rencontré la haute haute bourgeoisie de l'Angola. Et si je n'apprécie rien qui soit vulgaire ou proche, je me dis que l'expression "avoir le balai dans le c.." est bien placée. Mais encore je crois que c'est toute la forêt de bambous qu'ils ont là où je pense! - Mon Dieu, c'est encore de l'eau française? Moi qui m'attendais à boire de l'eau angolaise! - Du champagne? C'est du Moët & Chandon? Sinon je ne bois pas... Oh please!
#4 - Eaux troubles (27 juillet)
Chaque fois que je rentre en Angola ou pars au Portugal, je me déshydrate (l'orthographe??) dangereusement. Je bois jusqu'à deux litres d'eau par jour en temps normal. Arrivée ici, je dois tester toutes les eaux car elles sont amères! On aurait dit qu'elles ont de la chloroquine (médicament contre le palu, traumatisme de tous les enfants des Tropiques, je parie!). Vraiment. Alors je ne bois pas. Ma mère m'a fait tester quatre eaux différentes. Angolaises et portugaises. Aucune ne me sert. Mais on a trouvé la perle rare. Une eau libanaise. Ironie de la situation: la seule eau que je peux boire est libanaise... quand elle finira, elle finira. J'ai cessé de regarder les JTs aussi. Les portugais, français, belges, suisses, anglais, américains, espagnols, italiens... je zappe, je zappe. Pour déprimer, il ne me faut que regarder par la fenêtre. Pas besoin de plus. J'ai une ancienne camarade de classe qui est au Liban en ce moment. Elle est dans la montagne avec sa famille, mais les routes sont coupées. Mon "petit" frère a des camarades de classe dans l'immeuble. Un d'eux est Libanais. La situation ne change pas. C'est la même que celle d'hier ou de la semaine dernière... Je n'aurais pas pu imaginer qu'elle me touche de si près. Ma mère m'a demandée si j'aurais voulu travailler pour l'ONU... UNICEF ou le fonds pour les réfugiés. J'ai dit oui. C'est ce qui m'intéresse. Elle me rappelle que je serais appelée partout si j'y postule et suis acceptée. Je regarde encore par la fenêtre. Pourquoi aller si loin? Luanda a éte construite sur des marais. La ville s'enfonce. Le pays aussi. On nage tous dans des eaux troubles.
#5 - Hard core (29 juillet)
Depuis quelques années, vers 19h (ou 19h30?), je ne regarde pas la TPA 1 (Télévision Publique d'Angola, ex Télévision Populaire d'Angola). A cette heure-là, il y a le programme Ecos & Factos (les échos et les faits). C'est une sorte de JT, mais qui ne parle que de la réalité angolaise. Et tout porte à croire que la réalité est barbare. Ils ne font pas ça par pur sensationalisme (ou alors je suis trop trop naïve). Mais quand ils ont quelques choses à montrer, de gros ou de barbare, ils montrent et en parlent avec naturel presque. Et moi, même si en août je vais voir la situation des déplacés au Moxico, je suis (encore) très sensible lorsqu'on parle des faits réels d'une population qui se fie de plus en plus à la sorcellerie et aux marabouts. Ça me fait peur, ça me fait mal, ça me révolte. Depuis que je suis arrivée, même pas deux semaines, les histoires de cannibalisme, mutilations, barbarie et autres, n'ont pas été rares. Dans quel monde vivons-nous? Hard core, je vous dis...
#6 - En vadrouille! (31 juillet)
Demain matin, six heures, nous prenons la jeep. Destination: le sud, la province de Benguela, ville du Lobito, où je suis née il y a... 24 ans (temps passe vite, dira ma mère) pour une semaine. Sept heures de route en caravane. Nous ferons partie du convoi de l'évêque Don G du Moxico (pour ceux qui ne sont pas distraits, le Moxico est une province à l'est de l'Angola, traumatisée par la guerre et que j'aime plus que Luanda), des prêtres et des soeurs. Ils vont pour une conférence, ma mère et moi pour rester avec ma grand-mère qui est très malade. Une semaine sans eau courante ni électricité permanente. Je sens que je vais beaucoup écrire... Certains diront que Benguela n'est pas au Sud, mais au Centre. de toute façon, contrairement au Nord, on ne mange pas de manioc mais du maïs. Et pour nous insulter, c'est "les Métis du Sud". Donc, je conclus que je suis Sudiste. (à voir: ALBUM PHOTOS) Aujourd'hui, j'ai passé toute ma matinée à la DEFA (Département de je ne sais quoi) pour m'occuper de mon passeport. Jamais de ma vie je ne me suis occupée de paperasse en Angola! L'administration m'est totalement inconnue! Ce qui vaut, c'est que le peuple angolais (et ce n'est pas du chauvinisme!) est drôle et prend tout dans l'humour et la bonne humeur! Devant nous s'étendait la mer et les palmiers. Dommage que le ciel fut aussi couvert et lourd... Je ne marche jamais en ville. Je suis toujours en voiture. Au delà de mon enfance hyperprotégée de je ne sais quoi encore, j'étais asthmatique chronique, allergique à l'air que je respirais. Aujourd'hui, dans n'importe quelle ville du monde, je peux me défendre. Luanda, je suis incapable. Il n'y a pas de métro... :P En tout cas, en sortant de la DEFA avec une amie de ma mère qui m'accompagnait, on descendait la rue, j'avais vu au loin un jeune homme très mignon. Mais vraiment. On marchait, on parlait, on riait. Quand nous sommes passées devant lui, j'ai juste entendu un cri: "Je donne tout! Tout ce que vous voulez pour l'avoir!" L'amie de ma mère se retourne et lance: "Tout?" "Tout! Même ma vie pour elle!" C'est la que je me dis qu'il parle de moi. Je suis juste distraite, vous inquiétez pas... Je ne fais que rire. Les Angolais sont bons en baratin. J'ai des baratineurs de première dans ma tribu. "Alors, si tu la veux vraiment, je veux 1 kilo de graisse de moustique." dit l'amie de ma mère "Et après, tu l'auras." J'ai eu la banane et la pêche, moi qui étais sur le point de m'évanouir pendant que j'attendais mon récépissé! En tout cas, une semaine avec ma cousine végétarienne à Amsterdam et deux semaines avec ma mère Mme le Général, stricte et sévère, rigureuse en alimentation, j'ai perdu cinq kilos. Est-ce trop dire: je me sens belle? :D
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En route pour le Lobito Au 1er Août, nous avons pris la voiture pour aller au Lobito, deuxième port de l'Angola, deuxième ville de la province de Benguela. Et accessoirement, la ville où ma mère a grandi et où je suis née. En voiture, j'avais déjà fait le trajet Luena - Lukusse dans la province oriental du Moxico. Les routes sont tellement en mauvais état après la guerre et le manque de conservation, que nous avons fait 116 kms en 3 heures, enjambant fleuves sans ponts et routes déformées par les cratères causés par l'explosion de mines anti-personnelles et anti-char. Au bout d'une heure, je m'étais mise à compter le nombre de squelettes de camions militaires et char, en arrivant au nombre de 80, j'ai arrêté. Mais de toute cette expérience, j'avais pu (re)voir le meilleur de la nature dans tous les dégradés de couleurs dans des endroits encore sauvages et le pire de l'être humain. Pour la première fois donc, je n'allais pas du chef-lieu d'une province pour aller dans un camp de réfugiés perdu dans la brousse. Cette fois-ci, c'était quitter Luanda, traverser les provinces du Bengo et du Kwanza du Sud. Environ 500 km, tout droit vers le sud. Mais ma mère voyage d'une manière et moi d'une autre. Je suis pour le voyage simple et léger. Un sac avec mes habits pour dix jours, qui devait avoir moins de 5 kg (et sans avoir besoin de répéter un ensemble), des sandwichs et une bouteille d'eau. Voilà tout. Ma mère c'est, une valise, un sac de voyage, et il fallait apporter à manger pour le petit-déjeuner et le déjeuner. Un panier énorme avec du poulet, du poisson, du riz, des packs de jus, bouteille de vin, sandwichs, café, thé et je ne sais plus quoi d'autre. C'est peut-être mon manque d'expérience dans les routes interprovinciales, mais... Ce voyage ne pouvait pas être fait sans la participation très active de Mr S., notre chauffeur. Ma mère ne conduit pas, il faut bien que quelqu'un prenne le volant, parce que moi non plus, je ne conduis pas (c'est une légère phobie, ça passera). Mes frères se moquent de moi, me demandant si je m'attendais à avoir un chauffeur toute ma vie. Je suppose que ce n'est que rhétorique comme question. Car vu les embouteillages de Luanda, j'ai de moins en moins d'envie de prendre le volant ici. A six heures du matin, Soeur R. et moi sommes descendues avec les bagages (des excès, je dirais). Je n'allais pas dans la voiture de ma mère mais dans celle de l'évêque du Luena avec deux autres religieuses. Le temps de tout ranger, de l'évêque demander de mes nouvelles et de ma mère de descendre du 10º étage à pied (elle prend jamais l'ascenseur), nous avons pris la route. Une longue route de quelques 150 km entre Luanda et le Sumbe, chef-lieu du Kwanza du Sud, quelques 4h faciles. Par endroits, la route était pas mal, dans d'autres, elle était pas terrible. Et enfin le plus souvent, il fallait avoir l'estomac accroché. Il y a des endroits, où on était carrément en train de rouler à côté de la route, à cause du manque de goudron ou la présence de graviers. C'était comme une berceuse, je me suis endormie, après avoir admiré la beauté du paysage. Cependant, avant d'arriver au Sumbe le disque de je-ne-sais-quoi (embraiagem em portugais) de la voiture de M. l'évêque a brûlé. Une odeur bizarre a envahi l'intérieur, pour se mêler aux conversations de monsieur et des soeurs que je ne voulais pas entendre (sur la sorcellerie, cannibalisme et autres douceurs de la vie) et dont je remercier la présence des graviers car j'entendais plus la route que ce qu'ils étaient en train de dire. Soeur R. qui était dans la voiture de ma mère a appelé la maison des prêtres au Sumbe pour nous venir en aide. On a roulé encore une heure ou quelque chose du genre jusqu'à ce qu'une voiture des Caritas arrive pour remorquer la voiture quand le disque a complètement brûlé. Arrivés au Sumbe, on a déjeuné à la maison de l'évêque du Sumbe et le départ pour le Lobito était compromis pour la voiture de (mon) évêque. Il devait absolument être à Benguela le lendemain pour commencer à travailler sur un congrès missionnaire qui commencerait le surlendemain et dont il était le premier conférencier. Je suis donc montée dans la voiture de ma mère, et nous sommes repartis car ma grand-mère nous attendait. A l'arrière avec mon petit frère (en âge seulement, car à 11 ans, il est aussi grand que moi et chausse du 44), j'ai plié une veste et je me suis rendormie.
#7 - De retour, mais pas pour longtemps! (15 août)
Bonjour, bonsoir! Me voilà de retour à la civilisation, mais à se demander si Luanda, c'est civilisé ou simplement confus comme ville... C'est juste un coucou, je suis toujours vivante, je lis toujours, j'écris davantage, j'ai mordu la poussière, on est tombé en panne dans la brousse, on a fait plus de 20 heures de trajet au milieu de la savane... Tout va bien. Dans deux semaines, je repars. Pas vers le sud, mais vers l'est. A moi l'aventure. La brousse, je crois que je préfère ça au chaos qu'est Luanda...
#8 - Je cultive ma patience (24 août)
Je me pose deux questions simples: 1) Y a-t-il beaucoup de voitures à Luanda? 2) Y a-t-il trop peu de routes? J'en sais rien. La seule chose que je sais, c'est que je cultive ma patience dans des embouteillages monstres où 100 m sont faits avec la même vitesse qu'un Paris-Montpellier à pieds... Marvellous...
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Un thé aux feuilles d'eucalyptus et citron... Ça a l'air poétique comme ça. Mais le goût n'est pas si poétique! Je hais le thé à l'eucalyptus! Mais je suis tombée malade, très malade. Grippe? On sait pas. Moi qui tombe jamais malade en hiver en France, c'est ici que j'ai eu la chute des chutes. Mais comme dit ma soeur, autant tomber malade chez ma mère, le traitement est différent! :P Si vous voulez savoir à quoi ressemble le thé à l'eucalyptus et vous n'en avez pas en stock, faites un thé avec des feuilles de lauriers (c'est bon pour l'appareil digestif): le goût est amer! Terrible. Avec l'eucalyptus (c'est une branche entière que ma mère a en réserve, les feuilles diminuent comme peau de chagrin), les impuretés sont éliminées. Me demandez pas comment... This sucks big time!
#9 - Joyeux anniversaire, camarade président... (28 août)
28 Août. Depuis une semaine, les activités se multiplient comme à son accoutumée. Monsieur camarade-président-roi depuis 27 ans fête son anniversaire. En temps normal et dans une démocratie, cette semaine serait passée inaperçue, à la limite cinq minutes à la télé pour féliciter le camarade. Mais en Angola, le culte de la personnalité est encore vivant, principalement pour le camarade roi. Tout le monde courbe l'échine devant le big boss, on voit les longues queues qui veulent saluer le camarade au Palais en direct-live, le gouvernement aujourd'hui n'a pas travaillé. Ou qu'un tout petit peu. Ce matin, en allant chez le dentiste, je discutais avec Mr S, notre chauffeur. Il y a quelques années, j'avais peur de dire quoi que ce soit dans la voiture car on nous a toujours appris à être discrets lorsqu'il s'agit de nos points de vues politiques. On ne sait jamais qui nous écoute. Mon père commence à bégayer quand il voit ce que j'écris à propos du camarade. Politiquement incorrecte je l'étais à l'âge de 16 ans. Politiquement incorrect je le suis aujourd'hui encore. Mais cette fois, je peux partager les opinions avec notre chauffeur sans état d'âme. On a parlé du leader de l'opposition assassiné, du jugement qui n'aurait pas lieu, car "on ne pas juger l'un pour des faits que l'autre a aussi commis" dirait Mr S, qui a été militaire. Il est temps de couper les racines, camarade-roi. D'enlever la poussière de la couronne et laisser le trône à quelqu'un d'autre. Et y'en a qui disent que noooooooon, ils ne vont pas voter, ça ne servira à rien, c'est le camarade-roi qui gagnera. Hello? Moi, je veux voter! Pft! Alors j'évite davantage les JT nationaux et les journaux, où l´"architecte de la paix" est louangé comme un demi-dieu... Je n'ai plus la patience pour tel manque d'orgueil. Ma mère, dont la lucidité de général a été légèrement entamée par sa charité chrétienne, qui veut chercher les qualités même chez les dépôts de Satan, m'a dit aujourd'hui à l'heure de déjeuner: "Tu sais, il n'est pas si mauvais que ça... nous avions la peine de mort. Mais quand il est monté au pouvoir, il n'a pas signé les condamnations des trois cents derniers malheureux..." Hmm... c'était au moment même où défilaient les hauts dignitaires de ce pays à la télé. "Super... il a sauvé 300 âmes du fusil pour en tuer des milliers pendant la guerre." Comme dirait Mr S... "L'Angola, c'est un arc-en-ciel". Oui, bon. Je me demande encore comment, la pluie n'a pas cessé depuis 1979...
#10 - En vadrouille bis! (30 août)
Ce matin, même en sortant de chez moi à 9h, il n'y a pas moyen. On ne parle plus d'embouteillage à Luanda. Ça s'appelle des entonnages. Ce n'est plus une question de bouteille mais de tonneaux avec des toiles d'araignée! Quarante minutes dans une voiture pour deux minutes au Consulat de France. Et ensuite, direction la Rádio Ecclésia, radio privée de l'église catholique pour parler avec une religieuse psychologue à propos de mon stage... J'en ai des trucs à dire. Demain matin, je prends l'avion d'Air Gemini pour aller dans la province du Moxico. Je suis en vadrouille! A la semaine prochaine! (à voir: ALBUM PHOTOS)
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#11 - De retour de la brousse! (9 septembre)
Me voilà de retour dans la grande ville, après avoir passé quelques jours dans l'est angolais. A part la ville de Luena qui est à peu près potable, même avec son manque d'eau courante et d'électricité malgré les fleuves qui l'entourent, on a repris la route pour visiter d'autres villages, plus au nord comme Léua et Lumege, plus à sud comme Lukusse, où on était déjà allé en 2002, tout de suite après la fin de la guerre et j'ai été confrontée pour la première fois à des enfants soldats. Je n'ai pas compté les heures de route chaotique qu'on a fait cette fois encore, mais aussitôt arrivée en France, je me charge des 320 photos que j'ai dans mon appareil. On verra bien ce que ça donne! J'ai même fait de la moto! Moi, Jo Ann! J'en parlerai plus longuement, mais je suis d'avis que les photos diront plus que mes mots. Mes heures de brousse du Moxico seront toujours préférées comparé aux heures dans la jungle de Luanda. Les journaux ont écrit: C'est Bagdad. Comprend qui veut ou qui peut. A très bientôt, à Montpellier! (Croisons les doigts!)
#12 - Welcome to Baghdad... or Texas... (19 septembre)
Dernière trouvaille de la police angolaise... "tuer tous les marginaux". Vous voyez les affiches "Wanted"? Ça en a tout l'air. La criminalité est à pic, alors la police n'a rien trouvé de mieux que de tirer sur le voleur en flagrant délit. Je ne vais pas parler des conséquences du genre rendement de comptes, bandits qui vont attendre le conflit avec la police, les erreurs judiciaires... Uélélé, uélélé. Avis aux citoyens... Aujourd'hui dans la voiture avec Mr S le chauffeur et mon frère Le Géant, direction l'école française, on a remarqué un gars qui soulevait une toile à l'arrière d'un pick-up et a pris une barquette de yaourts. Avant qu'on ne se rende compte, un autre est arrivé et a pris une barquette aussi (self service, they call). Mr S a klaxonné "Ils sont en train de voler". C'est juste au moment où Mr S a klaxonné que le propriétaire du pick-up s'est retourné pour voir s'enfuir deux hommes avec des yaourts (pour des yaourts, Seigneur...). Il a commencé à courir, avec un agent de sécurité, AK en bandoulière. Vive nous. Mr S est un ancien militaire. De ceux qui défient les bandits. Une fois, il conduisait ma mère à l'église, ils ont vu une fille se faire agresser, il a giflé un des gars, disant que si ma mère était un homme, ils leur auraient donné une sacrée correction. Il n'a peur de rien, Mr S. C'est notre chauffeur et garde du corps. Aujourd'hui encore, alors que justement Mr S et moi parlions des nouvelles règles de la police angolaise, un des jeunes vendeurs ambulants (vendent de tout: chewing-gums, boissons, balais, CDs, tapis, etc...) est passé à côté de la voiture avec... 4 machettes et 3 hâches. Avec la tête et les yeux rouges presque fermés qu'il avait, je passerai de tout commentaire... Welcome to Baghdad... Or Texas... Plain Angola!

dimanche, 23 septembre 2007

(n) Ébauches d'histoire

800be447c824e787918c7b5593594d54.jpg Pendant les vacances à Lobito (sud de l'Angola), il y avait un passage obligé au cimetière où sont enterrés mon grand-père maternel (mort le jour de Noël 2003) et mon oncle-papa (mort 2 mois après son père). Ma grand-mère, ma mère et mon frère Le Géant sont rentrés dans le cimetière. J'ai refusé d'y aller. Je suis restée enfermée dans la jeep en train de compter les minutes. J'ai alors pris mon calepin noir et mon stylo noir de mon sac noir, et j'ai commencé à écrire... ====== © Jo Ann v. Lobito, Angola – 10 août 2006 Tout le monde parlait d’histoires plus ou moins heureuses, histoires d’amour ou autres dont on ne parle jamais assez aux petit-déjeuners, déjeuners, goûters, dîners et cènes. Tous les repas sont l’estrade pour le même spectacle. Les actes ne faisaient qu’augmenter et à chaque fois, on rigole à la même tirade, au même dialogue… tout était orchestré ? Même les allers au cimetière. Tout le monde sortait des voitures, processions de plus en plus courtes et rapides. Les anniversaires du genre ne sont jamais plaisants à fêter. Moi, je reste dans la voiture, en attendant que la caravane du cirque disparaisse, pleurant mes morts à ma manière. Sous-vêtements noirs, pantalons noirs, chemise noire, lunettes noires… Je prends mon stylo noir et j’écris dans mon calepin à couverture noire… J’y écris mes noires pensées, sur ce cirque qui n’est drôle que pour celui qui le fabrique. Et à moi, on ne me demande jamais mes quelques histoires, plus ou moins heureuses. Je suis un clown triste qui déambule comme un fantôme dans un château hanté. Je suis celle dont on se moquer et dont on se moque éperdument, des deux façons. Si un jour on me demandait de raconter une de ces histoires plus ou moins heureuses, que ce soit au petit-déjeuner, au déjeuner, au goûter, au dîner ou à la scène, je ne songerai pas une seconde à embellir cette histoire. Je dirais : « J’ai eu une belle histoire, si courte et si intense… j’ai tant aimé cet homme qu’aujourd’hui tout me semble irréel. L’aurais-je vraiment vécu, vibré et souffert ? Ce fut un rêve, le paradis, aussi court fut-il. Mais qu’importe car aujourd’hui, ce n’est qu’une ébauche d’histoire… »