jeudi, 24 juillet 2008
SARAMAGO, José (Portugal) - Prix Nobel Littérature 1998 ♥
Saramago est un écrivain dont on tombe amoureux dès la première lecture... ou qu'on n'aime pas de suite aussi. Utlisant rarement des points, abusant de la virgule, ignorant les paragraphes, et usant une ironie et un humour bien à lui, Saramago est quelqu'un de qui on peut avoir un coup de foudre renouvelé à chaque lecture.
Et en plus, cet humour, il le pratique aussi dans la vraie vie. Un régal ;-)
N'ayant jamais lu Saramago en français, je me demande bien comment se prennent les traducteurs d'un tel écrivain rebelle...
Lu:
♥ Memorial do Convento
♥ As Intermitências da Morte
♦ As Pequenas Memórias
♦ Ensaio sobre a cegueira (Pour les lusophones: découvrez les coulisses du tournage du film Blindness de Fernando Meirelles sur le blog du réalisateur !)
♥ Memorial do Convento ♥♥♥♥♦ (VO) (VF :Le Dieu manchot)

• (Livre) Lisbonne au xviiie siècle, ville des plaisirs et de la religion, des sacrifices et de la sensualité : Balthazar, soldat manchot, y tombe amoureux de Blimunda, flirte avec les tentations alchimiques, assiste à la construction du palais de Mafra, d'une machine volante et aux bûchers de l'Inquisition...
= Résumé Balthazar revient du champ de bataille et croise le regard de Blimunda, une... voyante qui voit l'âme lorsqu'à jeûn, lors de l'Inquisition, le jour où la mère de Blimunda est brûlée sur le bûcher parce que accusée de sorcellerie. Mais Blimunda a promis à Baltazar "jamais je ne te regarderai de l'intérieur"...
• Le surnom de Baltazar est "Sept Soleils" et de Blimunda "Sept Lunes".
J'ai piqué ce livre de la bibliothèque de ma mère en 2000, je crois, je ne l'ai lu qu'une fois, suffisant pour y adhèrer et adorer l'ironie de José Saramago. Même si ses phrases prennent des kilomètres et font des pages, où dans les dialogues on ne sait pas qui est qui, qui parle qui se tait, qui approuve, qui non... enfin. Il y a des pages où j'ai dû me reprendre au moins cinq fois, et même revenir en arrière dans le livre pour finalement comprendre le pourquoi de tel ou tel commentaire.
Mais, en fin de comptes, c'est un livre tendre, qui arrive à être romantique même si le soldat manchot a du mal avec son crochet... fantaisiste car un prêtre l'a convaincu à construire une sorte de bateau volant (ancêtre de la montgolfière, je présume)...
En portugais, le livre s'appelle "Memorial do Convento" (le mémorial du couvent), et c'est la promesse du roi João (Jean) V que si sa femme tombait enceinte (qui avait bien du mal) et avait un garçon, il construirait un couvent. La construction a pris 40 ans!
Un des passages qui me poursuit parce qu'il me fait rire avec tendresse, c'est au moment où Baltazar rentre chez lui avec Blimunda et Saramago écrit "Si Baltazar n'est pas arrivé les mains vides, c'est que l'une il l'avait perdue dans les champs et l'autre tenait la main de Blimunda"...
Ensaio sobre a cegueira ♥♥♥♥ (VO)(VF: L'aveuglement)

J'ai reçu par la poste pour mon anniversaire, rien que de voir Saramago sur la couverture m'a fait jubiler. Si, si ! C'est un homme à faire ça à distance ;-) Le temps qu'on se réhabitue à sa non ponctuation, à son adoration pour la virgule, rapidement, le rythme nous revient. Un peu plus long et lent qu'un autre roman, mais il vient :-)
Dans ce roman, il n'y a pas de nom de ville ou de pays, ou de personnages. Tout comme les Intermittences de la mort. Même si ce dernier vient bien après L'aveuglement, la construction est relativement la même (ça m'apprendra à lire dans le désordre !). Les personnages n'ont pas de nom non plus. Ce sont "le médecin", "la femme du médecin", "le permier aveugle", "la femme du premier aveugle", "le vieux au bandeau", "la fille aux lunettes de soleil" et "le garçon strabique".
Lorsque le premier aveugle arrête de conduire en pleine heure de pointe, il ne sait pas qu'il sera à l'origine (est-il réellement le premier) à tomber aveugle et à contaminer tous les autres. On ne sait pas comment ou pourquoi. De peur, le gouvernement enferme les premiers "malades" dans un ancien asile. Tout le monde est aveugle au contact d'un autre aveugle, sauf une: la femme du médecin, la seule personne à avoir des yeux vivants dans toute cette épidémie. Mais elle ne le dit à personne à part son mari. Le dicton dit: "dans un monde d'aveugles, le borgne est roi". Mais dans ce cas-là, elle serait sûrement esclave... surtout parce que dans l'asile, c'était vite fait de "voir" les hommes devenir des bêtes.
Encore une fois, Saramago parle de l'âme humaine. Avec son humour parfois douteux, il nous montre ce qu'on ne veut pas voir. Dans le quatrième de couverture de l'édition portugaise, est écrit: "Si tu peux voir, regarde. Si tu peux regarder, remarque." Et les êtres humains ne vont pas vouloir ce qu'on peut devenir en si peu de temps...
Remarquable Saramago ♥ !
Adaptation cinématographique: Blindness
C'est parce que j'ai entendu parler du film (de Fernando Meirelles) lors du Festival de Cannes, que j'ai asbolument eu envie de lire le livre ! Avec Julianne Moore (la femme du médecin), Danny Clover (l'homme au bandeau), Mark Ruffalo (le médecin)... Plus d'info sur IMDb !
Et quand l'écrivain voit le film, ça donne ça:
♥ As intermitências da Morte ♥♥♥♥♦ (VO)(VF: Les intermittences de la mort)

• Le roman de José Saramago commence avec "le lendemain, personne n'est morte".
Dans un pays (sans nom) sans mer et avec couronne, dans un continent (sans nom), 10 millions d'habitants sont confrontés à une énigme: personne ne meurt entre leurs frontières. Et cela va bousculer la forme de penser de tout un chacun.
D'un, ils pensent qu'ils ont vaincu la mort, car c'est le seul pays où on peut songer à une vie éternelle. Dans les autres pays, on meurt comme à son accoutumée.
Les problèmes arrivent lorsque l'Église s'en mêle, car sans mort, il n'y a pas de ressurection, donc pas de religion, les agences funéraires s'en mêlent aussi (la faillite approche), l'entourage des moribonds s'en mêlent aussi, car si on ne meurt pas, on est toujours en voie de et c'est décourageant pour tous, même pour ceux qui veulent mourir, les assurances s'en mêlent...
Plus personne ne comprend plus rien... et ça s'aggrave quand les pays limitrophes reçoivent des caravane de moribonds qui meurent aussitôt traversées les frontières et sont enterrées illégalement en terres étrangères... mais que faire?
La Maphia (avec PH pour se différencier de l'autre mafia), demande des prix extravagants pour accomplir le sale travail, car personne ne veut être accusée d'avoir tué un membre de sa famille, même s'ils sont moribonds...
Jusqu'au jour où la Mort (bien des mois plus tard), elle-même en os et en os, écrit une lettre à l'attention de tous...
• Toujours extra! J'adore Saramago! Son ironie, son style, ses idées bizarres... le tout est un mélange détonnant et qui marche. Ce livre nous fait poser la question du siècle, alors que beaucoup songent à l'immortalité: c'est comment la vie sans mort? Ce serait un rêve pour certains, mais les problèmes qui viennent avec, personne n'en a pensé... Sauf Saramago! Et on ne fait que hocher la tête car c'est
pas bête... c'est pas bête du tout!
L'histoire de ce pays sans nom se mêle à l'histoire de la mort et c'est super drôle, même si c'est un thème légèrement sérieux... hmmm...
As pequenas memórias ♥♥♥♥ (VO)

NB: Pour les autobiographies, témoignages et récits, je ne note pas sur le contenu bien sûr. On ne peut pas noter des histoires vraies. Je note plutôt le style, la construction ou l'enchainement qui n'est pas toujours évident.
• C'est du Saramago avec la verve de Saramago. Son style, son ironie, son humour... tout y est. La seule différence étant le fait que ce soit écrit à la première personne et que ce soit autobiographique.
Dans ces 149 pages, Saramago nous raconte ses "petites mémoires", celles de lorsqu'il était enfant jusqu'à son adolescence, parlant de la pauvreté de sa famille, des cochons de ses grands-parents, de ses disputes avec ses petits-cousins, de ses premières amours, ses aventures scolaires...
Ce livre a été publié à la fin de 2006, je méconnais la publication (s'il y aura) de la version française, et je ne sais pas si "As intermitências da morte", le roman d'avant a déjà été traduit en français.
Je n'ai lu que trois Saramago. Et toujours, j'adore. Je suis fan!



