dimanche, 07 octobre 2007

+ KOUROUMA, Ahmadou (Côte d'Ivoire) ♥

Lu: ♥ Allah n'est pas obligé ♦ Quand on refuse on dit non Allah n'est pas obligé ♥♥♥♥♥

• Birahima est "un garçon de rue, sans peur et sans reproche" qui n'a pas eu la vie facile. Ivoirien, à la mort de sa mère infirme, sa grand-mère l'envoie chez sa tante Mahan qui habite au Libéria. Accompagné de Yacouba, le "féticheur multiplicateur de billets", il prend la route et s'en va dans un pays où la guerre tribale fait rage. Très vite, on prend les deux dans un des mouvements pour la libération du Libéria, Yacouba comme "grigriman" et Birahima comme "small soldier", enfant soldat. On va lire trois ans de la vie d'un jeune garçon, qui à la recherche de sa tante, vit deux des plus sanglantes des guerres tribales d'Afrique, nous racontant par la même occasion, les histoires du Libéria et du Sierra Leone. On a peur de s'engager dans une lecture pareille. Après tout, les enfants soldats à force de drogues, ont été de réels sauvages pendant les guerres. Mais finalement, le petit Birahima (qui est le narrateur) parle comme s'il était devant vous. Une de mes meilleures amies (SAM) est ivoirienne, alors j'entendais son accent dans le fond. Je connaissais quelques expressions, alors le récit me paraissait très vivant, très réel. Son ton ironique et moqueur, font passer les horreurs après le rire. "Des soldats, des enfants-soldats se sont joints à eux. Tout ce monde s'est réuni, s'est mis en cercle, et ça a organisé un concert de pleurs. Tout ce monde s'est mis à pleurer. Un groupe de bandits de grand chemin, de criminels de la pire espèce, pleurer comme ça. Il fallat voir ça, ça valait le détour." p. 130 Avec une fausse pudeur, on rentre dans l'histoire, on s'attache au petit Birahima pas plus haut qu'un stick d'officier, sa lucidité en temps de guerre "c'est la guerre tribale qui veut ça", son côté méfiant "on sait que les grigris sont de la supercherie"... J'avais croisé Ahmadou Kourouma au lycée, à Johannesburg. Pendant qu je travaillais avec Maryse Condé, mes autres camarades se partageaient Nancy Huston, Sylvie Germain et d'autres (je crois, je me souviens plus qui était là). SAM avait travaillé avec lui. A l'époque, je ne savait pas encore ce que j'allais faire. J'hésitais entre publicité et tourisme (la psychologie n'avait pas encore effleuré mon esprit). Je ne connaissais pas les grandes lignes du livre, et de toute façon, ce n'est que quand j'ai vu des enfants soldats que j'ai eu envie de travailler avec eux. Lorsque j'avais opté pour la psycho, je voulais traiter avec les enfants de rue principalement. Je l'ai alors croisée, mais je n'ai jamais su que bien des années plus tard, ce livre qui venait tout juste de sortir, allait me marquer comme ça... Ce n'est que subjectivité ;) (C'est mon autre meilleure amie, Mrs Kiss, qui m'a offert ce livre: Symbole de notre lutte. Amén ♥) Extrait:
"Moi alors j'ai commencé à ne rien comprendre à ce foutu univers. A ne rien piger à ce bordel de monde. Rien saisir de cette saloperie de société humaine. Tête Brûlée avec les fétiches venait de conquérir Niangbo! C'est vrai ou ce n'est pas vrai, cette saloperie de grigri? Qui peut me répondre? Où aller chercher la réponse? Nulle part.Donc c'est peut-être vrai, le grigri... ou c'est peut-être faux, du bidon, de la tricherie tout le long et large de l'Afrique. A faforo (cul de mon père)!"p. 124
Et dire qu'on y croit encore... Les marabouts et les grigris n'ont jamais été aussi présents qu'aujourd'hui. En tout cas en Angola... Et demander si ça marche ou pas, je ne veux pas approcher ni de près ni de loin. Faux ou pas, je préfère ne pas savoir. A la différence des grigris, je crois au mauvais oeil...
Quand on refuse, on dit non ♥♥♥♥♥
• Suite d'Allah n'est pas obligé. Nous retrouvons avec plaisir Birahima, le small soldier, avec son language à lui, peu importent ses quatre dictionnaires. C'est le dernier roman de Kourouma, inachevé, sur lequel il travaillait avant de mourir (en 2003). C'est dommage, et malgré l'addition de l'éditeur avec les brouillonsnde l'auteur, je trouve que la dernière phrase vaut son pesant d'arachides, et que ça aurait pu être une fin en soi, ouverte et donnant aux lecteurs le choix de continuer par eux-mêmes. Kourouma utilise ici le prétexte de la fuite de Birahima et de Fanta, la jeune femme dont il est amoureux même si celle-ci ne l'aime "comme un frère", pour l'éduquer. L'histoire et la géographie de la Côte d'Ivoire de la colonisation à aujourd'hui, dans la voix pédagogue de Fanta et l'interprétation olé olé de Birahima. J'aurais voulu avoir un livre comme ça à propos de l'histoire de l'Angola ;) J'ai souri d'amusement et souvent de tristesse. La Côte d'Ivoire et l'Angola, dans la bêtise, c'est kif kif. Je me souviens au temps du lycée, en Afrique du Sud, une de mes meilleures amies SAM était Ivoirienne (elle est toujours ivoirienne née en Autriche et est toujours une de mes meilleures amies d'ailleurs ;) ) et nous disait souvent que la Côte d'Ivoire était le seul pays en paix en Afrique et qu'on devait prendre exemple sur lui. Aussitôt arrivées à Montpellier (pas qu'il y ait cause à effet), le "conflit tribal" explose. Je regardais SAM avec un "et maintenant, on dit quoi?" (pour reprendre les expressions idiomatiques). Elle hochait la tête et je ne pouvais ajouter que "yaco" (empathique)... Aussi au lycée, je regrette ne pas avoir lu un des livres de Kourouma lorsqu'il était venu au lycée... J'aurais chéri un exemplaire autographé tout comme SAM et Don Quiche... Extraits:
"Quand j'ai su que la guerre tribale avait atterri en Côte d'Ivoire... (la république de Côte d'ivoire est un état de la côte occidentale d'Afrique. Elle est comme toutes les républiques foutues de cette zone, démocratique dans quelques domaines mais pourrie jusqu'aux os par la corruption dans les autres." p.11 (première page) "Voilà ce que je peux dire sur moi et sur mon environnement. Ceux qui veulent savoir plus que ça sur moi et mon parcours, n'ont qu'à se taper Allah n'est pas obligé, prix Renaudot et neuf autres prix prestigieux français et internationaux en 2000, et traduit dans vingt-neuf langues étrangères. C'est pour dire qu'ils n'auront pas une trop mauvaise lecture." p.18 "Quand c'est une communauté de toubabs (de blancs), on dit une civilsation, mais quand c'est des noirs, des indigènes, on dit tribu ou ethnie (d'après mes dictionnaires)." p.31 ♥♥♥"Ce qui arrive en Côte d'Ivoire est appelé conflit tribal parce que c'est un affrontement entre des nègres indigènes barbares d'Afrique. Quand les Européens se combattent, ça s'appelle une guerre, une guerre de civilisation. Dans une guerre, il y a beaucoup d'armes, beaucoup de destructions matérielles avec des avions et des canons mais moins de mortsn peu de charniers. Dans les guerres de civilisations, les gens ne meurent pas comme des mouches. Dans une guerre, les adversaires tiennent compte des droits de l'homme de la Convention de Genève. Dans un conflit tribal, on tue tout homme qui se trouve en face. On se contrebalance du reste comme de son premier cache-sexe." p.42 "Alassane Ouattara était d'origine ivoirienne par son père et par sa mère, tous deux ivoiriens. Il était donc incontestablement, d'après la Constitution ivoirienne, de nationalité ivoirienne. Mais il avait fait ses études au Burkina, ses premiers pas de fonctionnaire au Burkina, ses premiers pas de fonctionnaire burkinabé, il avait donc bien eu la nationalité burkinabé. Des années plus tard, les Ivoiriens négligeront tous les problèmes politiques de la nation pour se consacrer à la question de savoir si Alassane Ouattara est oui ou non ivoirien..." p.98 "Le 'vieux' l'a démis de ses fonctions de ministre des Finances et du Budget pour corruption active. C'est un homme qui, lorsqu'on le charge de décortiquer l'arachide, ne se contente pas de remplir sa bouche; il en met aussi dans toutes ses grandes poches." p.103