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mardi, 15 avril 2008
Rédac du Mois : Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que vous avez été transformée en enfant...
Cette fois-ci, l'imagination est au rendez-vous et je ne suis pas la seule à m'y pencher :
Laurent, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Jean-Marc, Hibiscus, Anne, Julien, Joël, Chantal, Looange, William, Catie, Lelynx, Cecfrombelgium, Gally, La Nymphette, Julie70, Gazou, JulieMeunier, BlogBalso, Celine, Vladyk, Lydie, Lucile, Guy Cardinal, Optensia, Linda, Denis, Yibus, Julie, Isabelle, Froggie, Christophe, Aurélie N, Le chat qui, Lodi
La fiction étant mon art, je me suis dit que j'allais écrire un conte du genre la série des « Kawabi ». Pourtant, je n'ai pas envie d'écrire de la fiction pure et dure. Ces derniers mois, je suis obsédée par l'enfance que j'ai râté... une enfance qui me reste au travers de la gorge et qui me rend vulnérable... Peut-être est-ce le moyen de mettre un visage sur l'enfance que je n'ai pas eu ?
Une fois n'est pas coutume, je paresse au fond de mon lit. L'AC est au maximum, comme d'habitude, et je suis enroulée dans mes couettes... et soudain je me rends compte que je ne suis pas où je devrais... Dans ma chambre à Montpellier, je n'ai pas de clime... Je n'ai pas besoin de deux couettes... et détail : à Montpellier, j'ai un lit double.
Je me redresse, je manque de m'écrouler par terre (j'avais vraiment un lit aussi étroit ?!) et regarde autour... Les persiennes ne sont pas fermées. Je vois un ciel gris au loin. Seigneur, me revoilà à Luanda !
Normalement chez ma mère, on ferme les persiennes dans l'après-midi pour éviter les attaques des moustiques avant le coucher du soleil, et puis on ferme les vitres avant d'aller se coucher pour allumer la clime. Mais lorsque je vais me coucher, je rouvre les persiennes et ferme les vitres en vitesse. Je n'aime pas être totalement dans le noir lorsque vient le jour. Je n'ai jamais eu de notion spatio-temporelle, ça n'a pas changé en 26 ans, j'ai donc besoin d'avoir une référence pour savoir how late it is !
Je cherche mon portable sous mon oreiller mais je ne le trouve pas... c'est vrai que mon portable ne marche pas en Angola, mais ma mère me prête une puce (normalement, elle me prête aussi un portable pourri parce que je risque de me faire voler le mien si je fais la c*rie de répondre dans la rue)... et j'ai besoin de savoir quelle heure il est, puisque je ne porte pas de montre et je n'ai pas de réveil dans ma chambre... Mais je ne vois rien... Rien du tout. J'entends le bruit dans le couloir.
Ce bruit qui tue et qui a toujours tué : ma mère a une radio dans tous les coins de la maison... et s'il y a un truc que je hais absolument, c'est me réveiller avec le jingle des infos ! Bon, je n'aime pas me réveiller avec quoi que ce soit de bruyant, mais vous le savez déjà ;-). Ma mère pousse la porte de ma chambre, lance un « tu es déjà réveillée ? Dépêche-toi, tu vas être en retard pour aller à l'école. » Elle laisse la porte ouverte, éteint la clime et ouvre grand mes fenêtres sur l'air sec et chaud de Luanda et les klaxons de notre avenue, une des plus longues et larges et bruyantes de la capitale. Je hais me réveiller de cette manière aussi ! En repartant, elle laisse la porte ouverte, laissant libre court aux ondes hertziennes et les infos du matin.
Je crois que je viens de décrire mon plus grand cauchemar, mais à vrai dire, c'est comme ça que Mme le Général me réveille pendant les vacances... et si je me souviens bien, très tôt je me suis levée toute seule comme une grande pour aller à l'école.
Je me lève et me regarde dans la glace de l'armoire... Goodness gracious me !!! Je suis redevenue enfant ! Même pas de poitrine pour faire semblant ! Je suis une enfant... plus grand cauchemar que celui d'être réveillée par ma mère ! En un quart d'heure, je suis prête pour sortir. Je bois mon lait chaud et je prends l'ascenceur. Le chauffeur m'attend pour m'emmener à l'école. Mes parents n'ont jamais pris cette peine-là. Je suis enfant avec ma tête de presque trentenaire, je ne sais pas si ce que je ressens c'est du trac... c'est où déjà, l'école française ? C'est où ma salle ? C'est qui mon instit ? Qui sont mes amis ?
A l'époque, ma vie se concentrait à l'intérieur de l'enceinte de l'école primaire et tous les ans ou presque, les têtes changeaient pour cause de départ des expats ou des diplomates... je n'avais pas d'amis "pour la vie", je n'avais pas d'amis d'enfance à part une, Blue, la Suissesse qui est devenue Angolaise après sa majorité (va savoir !)... J'avais une enfance solitaire. Ma mère nous interdisait de quitter l'appartement, de nous mêler à la foule, d'aller où les autres allaient... Nous grandissions dans une bulle superprotégée dont je ne me suis jamais défaite...
Et si les choses avaient été faites différemment ? Si ma mère nous avait laissés le champ libre ?
Aujourd'hui, je n'ai rien. Je n'ai rien qui me rattache à mon enfance, mes amitiés étaient éphémères et je n'avais pas de contact avec les enfants des voisins... Ce n'est qu'à l'âge de 16 ans, lorsque j'ai commencé à vivre seule, que je me suis fait une vie, avec des amis que je garde encore et toujours, même 10 ans plus tard.
De mon enfance, je n'ai pas de souvenirs.
Je pourrais essayer d'imaginer ce que ça ferait, mais le plus j'essaie, le plus je me rends compte que c'est douloureux, que ça m'obsède depuis longtemps et que j'en veux terriblement à ma mère de m'avoir coupée du monde... Si je ne ressens pas le manque des autres lorsque je m'en vais, si on dit que je suis tellement indépendante car je suis solitaire et silencieuse, ce n'est qu'une conséquence parmi tant d'autres de mon enfance.
Pour une fois, la psychologie a eu raison de moi...
(Vous êtes intéressé/e/s par la Rédac du Mois ? Plus d'infos sur le site !)
12:00 Publié dans Entre mes Lignes | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rédac du Mois, Blog, Enfance, Luanda, Montpellier, I ♥ Angola
