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jeudi, 11 octobre 2007

(n) La peau de ma peau

800be447c824e787918c7b5593594d54.jpg © Jo Ann v.
Montpellier, France - Septembre 2005


J'ai regardé ma fille furieuse.
Non. Je n'étais pas furieuse. Je ne pouvais pas être furieuse contre ma propre fille. J'étais triste. Profondément triste. C'était comme si le monde venait de tomber sur ma tête.
Ma propre fille.
Elle ne m'a pas regardée. Elle fixait ses chaussures tout en tordant ses doigts. Elle savait. Elle savait qu'elle avait fait quelque chose de mal. Mais elle était trop fière pour l'admettre.
Ma propre fille.

- Tu es fière de toi? - j'ai demandé.

Elle n'a pas répondu.

- Kawyka, regarde-moi.

Je ne voulais pas crier. Je ne le voulais vraiment pas. Mais j'étais sur le point de perdre mon tempérament avec ma fille adolescente.
Elle a levé la tête, mais n'a pas osé me regarder dans les yeux.

- Alors voyons... - j'ai commencé - Une femme, dans ce cas précis moi, est arrêtée par l'agent de sécurité de ton lycée. On m'a demandée si j'étais de la famille... La réponse est si simple et ne changera jamais. Cette personne, moi en occurence, est ta mère. Est-ce si dur pour toi d'être vue avec moi?

Elle n'a pas répondu.

- Kawyka, je n'aime pas poser dix fois la même question.
- Non. - dit-elle.
- Voilà qui est fort intéressant. As-tu honte de moi, Kawyka?

Je crois sincèrement que cette question me faisait plus de mal à moi qu'à elle.
Elle a fait une grimace comme si j'étais devenue sénile.

- On t'a donné une langue et le droit de parler. Utilise ce droit à bon escient pour une fois et arrête de me regarder comme si je venais d'une autre planète.
- Non, maman. Je n'ai pas honte de toi.
- Merci. Donc... pourquoi tu n'as pas dit que j'étais ta mère?

Elle n'a pas répondu. Et je ne voulais pas demander quelque chose dont je ne voulais pas connaître la réponse.
J'ai attendu un moment.

- Est-ce parce que je suis noire? - j'ai demandé doucement, s'il pouvait avoir du doucement dans cette affaire.
- Je n'ai pas honte de toi, maman. - elle ne me semblait pas très convaincue pourtant.
- Je ne m'y connais pas énormément en génétique. Mais ce n'est pas parce que tu es sortie de mon corps blanche comme neige que tu es moins noire que ta soeur ou moi.

Elle est devenue toute pâle. Transparente même. Au fait, elle ne me ressemblait pas du tout. Elle était comme son père. Pâle et des cheveux noirs. Même son visage me rappelait son père. Mais j'ai laissé mes souvenirs cachés bien au fond de moi. J'avais d'autres problèmes à résoudre à présent. Et je ne pouvais pas le faire avec des larmes aux yeux.

- Kawyka... je ne vous ai pas élevées, Kawabi et toi, toute seule, pour que tu aies honte de la couleur de ma peau et de tes origines. Que tu le veuilles ou pas, je suis noire, tu es noire, et peu importe ton teint clair. Je suis ta mère, tu es ma fille. Et jusqu'à ce que quelqu'un me dise le contraire, ça ne changera pas.

Elle n'a rien dit. J'ai soupiré.

- Kawabi?
- Oui, maman?

J'ai regardé ma fille de huit ans. Voilà mon portrait craché et tous mes gènes!

- Monte et commence tes devoirs. J'arrive dans peu. D'accord, mon poussin?
- D'accord, maman.

Kawabi a regardé sa soeur aînée quelques secondes, puis est partie en courant.

- Je suis désolée d'avoir vu ça... je suis désolée qu'un jour tu puisses dire à tes amis que je ne suis que la femme de ménage. Je t'ai aimée depuis le jour où tu as été conçue, quand je t'ai portée dans mon coeur pendant neuf mois. Je t'ai aimée le jour où tu es née et que tu étais si petite dans les bras de ton père. Je t'ai aimée quand tu es devenue le plus bel enfant de cette planète. Je t'ai aimée quand tu étais malade, quand tu étais triste, quand tu étais fatiguée, quand tu as fait tes dents. Je t'ai aimée quand tu as dit tes premiers mots, quand tu as fait tes premiers pas, quand tu as commencé à manger toute seule. Je t'ai aimée quand tu étais heureuse. Je t'ai aimée quand je t'ai laissée devant l'école pour la première fois et tu as couru vers moi, en me demandant de ne pas m'en aller parce que j'étais ta maman. Je t'ai aimée quand tu as dit que tu avais beaucoup de nouveaux amis. Je t'ai aimée lors de ton premier baiser. Je t'ai aimée quand tu nous as présenté ton premier copain. Je t'ai aimée quand tu as appris à cuisiner et que tu as failli brûler la maison. Je t'ai aimée quand tu as pris soin de ta petite soeur à la mort de ton père. Je t'ai aimée parce que tu étais mon enfant. Peu importait les problèmes, les pleurs, les larmes, les rires, les sourires... je t'ai aimée chaque jour de ta vie depuis ta création. Et je ne t'aimerai pas moins aujourd'hui parce que tu feras des erreurs toute ta vie et que je suis ta mère. Je suis désolée de te faire honte. Mais je ne vais pas changer non plus. Tu devras m'accepter telle que je suis. Je ne peux pas et je ne veux pas claircir ma peau pour ne plus t'embarrasser. Tu devras apprendre que tu es venue de deux mondes différents... mais que ces deux mondes t'aiment de la même manière.

Kawyka continua de fixer ses chaussures, sanglotante, ses larmes inondant son visage.

- Je suis désolée, maman. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça.
- Je crois que toi aussi, tu as des devoirs? - j'ai demandé gentiment.

Elle a hoché la tête.

- Alors monte. Je sais que tu es très âgée, mais si tu as besoin d'aide, appelle-moi.

Elle a hoché la tête.
Elle a pris son sac à dos et a commencé à marcher vers les escaliers. Mais elle s'est arrêtée. J'ai vu son trouble. Elle avait quelque chose à dire.

- Oui, Kawyka?
- Maman... je suis vraiment désolée... - elle a murmuré, regardant les marches - Je ne voulais pas te blesser. J'ai été stupide. Pardonne-moi.
- Tu n'es pas stupide, Kawyka. Et tu es pardonnée. Souviens-toi juste que tu es ma fille et que je t'aimerai toujours.

Elle a hoché la tête.
Elle est montée et s'est retournée pour me montrer son visage souriant.

- Tu sais, maman? Tu n'es pas noire... tu es jaune!

Elle a commencé à rire et a filé dans sa chambre. J'ai souri, en observant mes bras nus: j'avais désespérément besoin de soleil.

- N'importe quoi! - j'ai crié.

J'ai entendu son rire, accompagné de celui de Kawabi.
Mes filles.
Peau de ma peau.
*

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Commentaires

este texto insere-se no género nouvelle? É que em português, italiano ou inglês inserir-se-ia no domínio do conto :| Hum, é um excerto de uma novela, da qual já aqui tinhas colocado aquele excerto - mamã, crês em Deus? Caso afirmativo, então já compreendo :)
São engraçadas estas diferenças, e muitas vezes levam a confusões :)
Enternecedor o que li :)
(desculpa o discurso confuso, amanheci adoentada e a medicamentação faz-me parecer com os copos :P )

Ecrit par : kanuthya | samedi, 08 juillet 2006

É, em português pode ser considerado conto. Em francês, "nouvelle" é uma história curta, que pode ir de algumas linhas à algumas páginas. Quando diz-se "novella", já é entre "nouvelle" e "roman" :)
E quanto ao "maman, tu crois en Dieu?" é "nouvelle" também. Não há ligação entre os dois a não ser os personagens :D Mas é que eu gosto bwé da Kawabi e de Kawyka :P

Ecrit par : Jo Ann | samedi, 08 juillet 2006

Ecrit par : Jo Ann v. | jeudi, 11 octobre 2007

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