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mercredi, 10 octobre 2007
En vadrouille #3 - Noël 2006-2007: Paris & Rotterdam

Montpellier-Paris en voiture
Je pense bien que c'est la dernière fois que je suggère le déplacement en voiture! J'ai vu mon père conduire un Monospace pour la première fois. Il fallait bien, un siège auto pour Le Petit Prince (22 mois) et trois grands enfants, c'est pas plaçable n'importe où! Dans le porte-bagages, la télé, le micro-ondes et le Livebox de ma soeur.
21 décembre:
Le Philosophe, la Miss, le Géant et le Petit Prince débarquent à Montpellier. Après un vol de presque 8h Luanda Paris, ils prennent le TGV et arrivent en plein Sud. Le Petit Prince ne m'a pas reconnue évidemment, mais après quelques heures, il a appris le sésame: "Jo"!
A dire vrai, je me suis éclipsée presque aussi vite. Mon appart semblait ne plus m'appartenir.
22 décembre:
Changement de plans.
Nous ne partons plus le 23 à Paris mais... today! Entre la Poste et le Rent a car, je ne supporte pas (plus) les plans de dernière minute. Je prépare mon sac Camel comme je peux en 10 minutes, attrape le sac de couchage, et laisse ma maison telle quelle: un désastre écologique. C'est comme si on partait en catastrophe.
Mon pauvre nid, mon adorable foyer... Je suis énervée, irritée, je discute avec mon père qui me menace de me laisser à Montpellier, on passe voir Lady Jay au Centre et l'atmosphère semble apaisée. Mon père a ressenti dans la chair (comme qui dirait) le sort de Lady Jay. Jamais vu mon père dans un tel état!
Enfin, nous prenons la route pour Paris avec arrêt à Lyon, quelques engueulades pour la déco et des coups de fil de Jess qui nous attendait à Courbevoie.
Je ne mens pas en disant que j'aurais (presque) tout fait pour rester à Montpellier.
Je n'avais vu mon père que 24h et déjà j'étais à bout de nerfs...
Arrivés après 2h matin, nous avons envahi l'appartement de ma soeur. J'étais bien contente que ce n'était plus chez moi, même si j'avais toujours en tête la culture de microbes laissée derrière moi dans ce départ précipité. Je ne suis pas totalement obsessionnelle, mais la propreté de ma maison (surtout de ma cuisine) me tient très à coeur. De quoi ne pas partir l'esprit tranquille...
A 2h, ma soeur prépare à manger, on s'approprie nos pièces à dormir et tomorrow is another day...
23 décembre:
Je passe sous silence.
Avant même le début des vacances, Jess et moi avions décidé de boycotter le Réveillon avec mon père.
Le passage de l'an avec les amis de mon père, DONT les enfants ont pris le thé de la disparition, on n'en veut plus. J'avais dit au Philosophe que je ne voulais pas aller au Portugal (hello?!) ni en Belgique. Il était hors question. Jess avait déjà son billet d'avion pour Lisbone (elle adooooooore le Portugal). Moi, je savais pas ce que j'allais faire. J'avais une seule certitude... Pas avec l'entourage de mon père...
Point très important: je me rends compte que j'oublie le chargeur de mon téléphone portable... et m...
24 décembre:
Dans la joie (toujours), préparation du repas de Noël très portugais avec du bacalhau com natas (morue à la crème fraîche), un des rares plats de morue que je mange parce que j'aime, parce que la morue et moi, souvent ça fait 15...
Pas de dinde cette année, plutôt du magret de canard.
Repas agréable. On a retrouvé notre père comme il a toujours été. Et ma soeur et moi étions folles amoureuses du Petit Prince. Adorable bambin qui n'a pas deux ans, qui parle par les coudes, d'une logique déroutante et d'une beauté à manger tout plein! Pour la peine, un des seuls membres de la famille à avoir droit à une photo online! Il est beau, le Petit Schtroumpft! Portrait craché de La Miss. (Il se la pète beau gosse déjà, non?)
25-29 décembre:
Je m'en souviens plus, entre les allers-retours à La Défense. Je suis restée concentrée sur l'Arche, en train d'essayer de comprendre la chose. Pour la première fois depui des lustres, je n'ai pas pris des photos de mes vadrouillages...
Par contre, j'en ai pris 100 du Prince!
Le 29 soir, on conduit Jess à l'aéroport. En route chez les Soviétiques (tante et cousins aux noms bien russes) dans la Grande Lisbonne. Demain, c'est moi!
30 décembre:
A mon tour de partir.
Plan de dernière minute, je pars à Rotterdam chez mon cousin Don. Y'a pas moyen que je reste à Paris où les plans changent tous les jours de toute façon...
Et puis... dans le Thalys...
Pendant 7 jours, j'ai vécu sans Internet et sans télévision. Dans le taxi qui me conduit de Courbevoie à la Gare du Nord, j'apprends que Saddam Hussein a été pendu. J'informe mon père illico.
Je suis foncièrement contre la peine de mort. Mais là est un autre débat.
En arrivant à la gare, j'achète le Libé et Aujourd'hui en France avec les rétrospectives de l'année. 2006 n'était pas encore terminé que je ne me souvenais plus du tout de ce qu'il s'était passé pendant l'année! Lamentable, non?
Ma voiture est la 18. Ma place, la 22.
Mais voilà. Lorsque je rentre dans le compartiment, assez cosy, 8 places en face à face, il y a quelqu'un assis à ma place.
Dans les films, il y a ce moment d'arrêt. Le contact des yeux, le coeur qui bat à la chamade et le cerveau qui dit "c'est lui". J'avoue, j'ai eu ce moment d'arrêt.
Il se lève (et me bouscule pas), s'excuse et s'assoie à côté. Entre nous, il n'y a qu'un minuscule couloir. Je range ma vanity (je voyage léger... ) et je prends place. Ôter écharpe, pardessus, dégager le sac à main, prendre la lecture... enfin 5 bonnes minutes où je suis complètement consciente de l'individu à côté.
Grand, bazané, mince, des yeux sombres, le crâne rasé, bonnes manières, jean et pull noir (je craque, ça se voit ou pas encore?) et un sourire...
Petit à petit, le compartiment se remplit. Un couple arrive avec des valises plus grandes et grosses que moi, c'est une bataille pour les ranger où que ce soit. Le gentleman les aide comme il peut. Mais la porte passe son temps à vouloir se renfermer sur le touriste. Je me lève, et je lui montre le bouton vert: "Just press the green button... it will keep the door open".
Avec un accent plus que soigné, j'attire l'attention du gentleman, qui parle très bien l'anglais (un autre point pour lui!). Yay me! Enfin, je me rassoie. Je glisse la valise de monsieur entre le gentleman et moi, et l'affaire est réglée.
Trois heures! Trois heures!
Et ma timidité maladive m'a littéralement empêchée de parler avec le gentleman!
Je sais que sa mère vit à Paris, lui vit à Amsterdam. Voilà tout! A un moment, je ne sais plus qui de ma famille m'appelle, alors même en murmurant, on comprend que je ne parle pas en français. Il me dévisage.
Une fille classe comme moi, qui lit le journal et des livres (Mabanckou cette fois-ci), qui parle le français, l'anglais et le portugais, souriante et polie... Franchement! J'suis pas un bon parti ou quoi?
Lorsqu'on approche Rotterdam, je me lève pour prendre ma valise haut perchée. Le gentleman demande si j'ai besoin d'aide. Je suis pour la politique de ne prendre que ce que je peux transporter moi-même. En d'autres mots, si je suis incapable de lever une valise de 20 kg même si je suis accompagnée, je la prends pas.
"Non merci, c'est léger."
Après coup, je me dis que j'ai été idiote! Léger oui, mais la galanterie dans tout ça? Geewhiz! Il aurait pris ma valise et vu mon nom sur l'étiquette (avec e-mail, sait-on jamais?) Mais nooooooooon! J'attends en dehors du compartiment que le train s'arrête. Il sort à son tour et parle avec un couple qui est devant moi en néerlandais. Je n'ai pas besoin de plus pour craquer davantage. Il sort aussi à Rotterdam.
Si c'était une de mes cousines ou de mes soeurs, je suis sûre qu'elles quitteraient le train avec un nom, un téléphone et un email! Mais je suis incapable de faire ça.
Nos regards se croisent une dernière fois, et nos routes se séparent...
R. Kelly chantait: "If I could turn
back the hands of time,
my darling,
you'd still be mine..."
PS: les touristes étaient de Johannesburg.
PS2: il lisait Al Franken et "Lies and the lying liars that tell them"... Si vous passez par ici. ;)
PS3: L'été dernier, j'avais songé à vivre quelque mois à Amsterdam, mes cousins me trouveraient un appartement... Amsterdam c'est grand... mais au détour d'un canal? Who knows?
Eish wena!
Voilà comment le destin devient fatalité...
La bêtise se paie cher de nos jours...!

Séparée du Gentleman qui viendrait à hanter toutes mes pensées et me dire à quel point j'étais cruche, je me suis dirigée vers la sortie de la gare centrale de Rotterdam. Et puis finalement, je n'avais qu'à me remettre car mon cousin Don viendrait me chercher, et fierté familiale à part, c'est un très bon parti, tellement il a de qualités, ce garçon.
Alors que nous sommes restés 15 ans sans nous voir, 2006 sera notre année. Après Hanovre pour la Coupe du Monde en juin et Meerssen/Amsterdam en juillet, me voilà débarquer encore une fois.
Première chose qu'il me dit "il faut qu'on aille faire des courses, il n'y a rien dans le frigo".
C'est bien de famille.
On prend le métro (j'ose pas dire ce qu'on a fait) (oui, c'est de la provocation).
A la sortie du métro, il y tout de suite un centre commercial. Nous faisons quelques provisions... des corn flakes, on a trouvé du pain de seigle que je voulais absolument, mais Don me met en garde "c'est du plomb, c'est du pain que font les paysans hollandais". En tout cas, ça ne se ressemblait pas du tout à mon pain de seigle français (mais j'ai pris quand même), du Coca (hello?! C'est moi, j'ai pas changé)(tiens, je vais en prendre là...) (voilà ma tasse de Coca), du saté (de viande avec une sauce d'arachides, recette indonésienne que Don adore)
Moi: "Tu as du beurre?"
Lui: "J'en mange pas..."
Moi: "D'accord, pas besoin d'en acheter pour quelques jours seulement... je me sacrifierai au pain paysan hollandais et Vache qui rit... pas de problèmes." (je cherche à culpabiliser personne!) "Tu as du sucre?"
Lui: "J'en mange pas..."
(Et après c'est moi la difficile.)
Moi: "Done, je veux bien me priver de beurre, mais du thé sans sucre, je ne peux pas!"
Lui: "OK... ça peut toujours servir quand j'aurais des invités" (je suis pas une invitée, je suis de la famille... logique).
Après coup, je trouve bizarre que le sucre soit aussi blanc en préparant mon thé. Puis je me rends compte que je n'avais pas pris du sucre blanc depuis longtemps...
A la sortie du supermarché, une dame vient nous voir: "Vous êtes portugais?!"
Oh pitié, pas ça! Je veux bien répondre à vos questions, mais ne m'insultez pas! Don me laisse le soin de répondre. Après tout, il est hollandais, de naissance, de passeport, de père, de grand-père, d'arrières... et a toujours vécu aux Pays-Bas.
Moi: "Je suis d'Angola."
Elle: "Mais l'Angola était une colonie du Portugal, vous savez?"
Je la regarde et j'essaie de garder mon sérieux. Non, vraiment?
Moi: "Oui, je sais."
Elle: "Moi, je suis du Cap Vert."
Moi: "Oh..."
Elle: "C'était une colonie du Portugal aussi." (elle hocha la tête)
J'étais à deux doigts de m'éclater de rire. Sans blague?
Elle nous souhaite alors une très bonne année et nous laisse nous en aller. Don se moque de moi "à peine arrivée, on te salue".
Oui bon, hein... C'est toujours les plus étranges qui viennent me voir!
Nous arrivons chez mon cousin, et aussitôt les courses rangées, nous partons dîner...
Dans un restaurant portugais...
Ce soir-là, j'envoie un SMS à ma soeur qui s'amuse à Lisbonne "j'ai tellement fait pour échapper le Portugal, que le premier endroit où ton cousin me conduit, c'est un restaurant portugais!" On appelle ça "ironie". Mon cousin adore le Portugal. Il y va jusqu'à 4 fois par an. Moi, je ne fais que hocher la tête.
A un moment, alors qu'on déguste un bon steak grillé (il faut donner à César, ce qu'est à César: les Portugais sont de très bons chefs), mon cousin me lance: "Maintenant je peux te poser la question. Et l'amour?"
Un ange passe. On parle vaguement sur le sujet. Ça fait longtemps que mon château est en ruines. Je vis comme je vis et j'ai pris l'habitude de ne jamais rien dire à personne. Encore moins dans notre famille qui est une tribu. On dit à quelqu'un, le lendemain on croise des regards en coin et des sourires sous-entendus des autres membres de la famille. J'ai fait une fois l'erreur de parler de mon coeur... Fin des années 1990s, je suis amoureuse d'un Marocain. Toute la ville le sait par téléphone arabe. Mieux valait mettre l'annonce dans un journal. Résultat: je ne dis plus rien à une seule oreille. Mme le Général se plaint que je ne lui dis rien. Aujourd'hui encore, 9 ans plus tard, on croit que c'est toujours d'actualité alors que ça fait belle lurette (6 ans?!) que c'est terminé. Mais je ne renouvelle pas les infos. Jamais de la vie.
J'avais dit à ma mère: "je te présenterai mon mari après mon mariage." Ma mère a failli avoir un arrêt cardiaque.
Dans cette tribu, tout se sait, et tout se transforme. Le téléphone arabe est un danger public. J'ai déjà donné.
Don hoche la tête. On s'en va.
Dehors, le vent s'est levé. Ce n'est pas une gentille brise. Ce sont des rafales. Avec une pluie fine. Je suis un poids lourd mais je m'envole presque. On n'a qu'une idée. Rentrer à la maison et rester au chaud. Don veut voir les Gendarmes à St Tropez: il est fan de Louis de Funès.
Aussitôt arrivés, je viens à peine d'enlever mon pardessus et mon écharpe, je suis en train de me délecter du fait qu'il y ait une télé. Après 7 jours de régime sec, du bruit est bienvenu! On branche sur BBC. Il y a encore Saddam. On n'a pas encore fini d'en baver avec lui-là. Je ne me suis pas encore assise que le téléphone sonne.
C'est ma cousine Kom. Elle arrive dans dix minutes à la gare centrale et veut prendre un thé. Don ne veut pas y aller, le vent dehors monte en puissance. "Mais c'est normal qu'elle veuille voir sa cousine" finit-il par capituler en haussant les épaules. On remet les manteaux encore humides. Ça n'a pas fait 10 minutes: "Tant pis pour les gendarmes".
Le vent à Rotterdam n'est pas de la rigolade. Je me tenais à mon cousin ou alors je marchais à contre-courant. Jamais vu ça. Je faisais deux pas, je stagnais un. On reprend le métro. Le train qui arrive de Maastricht est en retard. Kom ne s'arrête que pour prendre un thé et repartir aussitôt chez elle, à Amsterdam (je la suivrais bien... vous savez, le Gentleman...). On va dans un bar à proximité. Du vin pour mes cousins, un chocolat chaud pour moi.
Kom: "Tu ne bois toujours pas?"
Moi: "Toujours pas. Ça risque pas de changer."
Elle: "C'est bien... mais je demande quel genre d'Angolaise tu es."
Moi: "Je suis une Africaine à part, c'est certain. Je n'aime pas la banane, le manioc, la mangue, l'ananas, la chaleur... Mon père m'a toujours dit qu'ils m'avaient fait de travers..."
Finalement, Kom reste la nuit avec nous: "C'est tellement étrange de te revoir en Hollande" me dit-elle "Tellement d'années sans nous voir et puis deux fois cette année..."
"Oui, c'est comme un rêve" ajoute Don.
On sort... le vent est de pire en pire. Kom est plus grande que moi, mais elle est mince mince, aussi mince que mon doigt! Si moi je m'envole, elle disparaît! Elle parle avec sa mère. Je la tiens par le bras "si tu t'envoles, on s'envole ensemble..." je lance. De toute façon, on s'entend mal. J'arrive pas à me concentrer lorsque je parle avec ma tante. Et ma mère appelle: "comment ça tu as laissé mon fils à Paris?"
Bah oui, j'ai laissé le Géant avec son père indécis et sa belle-mère. Mais après 5 minutes d'argumentation, le Général dit "Ton père ne change pas... Embrasse Don et Kom, bonne soirée, soyez sages!"
C'est quoi la sagesse?

31 décembre 2006:
Kom rentre de bonne heure à Amsterdam. Don est inquiet: "Tu es sûre que ton père n'est pas fâché? Ils sont venus vous voir, ta soeur part au Portugal et toi tu es ici..."
Moi: "Il sait pourquoi je suis partie."
Je cogite un moment... Encore une fois, j'avais pris la fuite. La constatation m'accable.
Don: "On va faire les courses pour le dîner?"
Avec joie... me plonger dans moi-même est un exercice qui est de plus en plus pénible... Je n'aime pas ce que je vois à l'intérieur.
Dans le centre commercial, je croise des gens que je ne connais pas. Mais je suis sûre et certaine d'où ils sont. Je me tourne vers Don: "Ces gens-là?"
Il sourit: "Tu les as reconnus, hein? Ce sont des Angolais. Des gars de chez toi."
Ce soir-là, j'envoie un SMS à Jess: Rotterdam est remplie de Mangops et Cabudjus... Elle me répond avec un Hahahaha. Rott c'est roots. Mangops et Cabudjus c'est de l'argot pour Angolais et Cap Verdiens. Les deux peuples ne s'entendent qu'à travers la musique.
De tous les choix de soirées qu'on avait, il y avait une soirée gala organisée par la communauté angolaise. Normalement, je me tiens éloignée de la communauté. Depuis l'Afrique du Sud, j'ai des mauvais souvenirs des fils à papa qui donnent la mauvaise image de mon pays à l'étranger. Pas étonnant que pour certains, l'Angola c'est un pays de sauvages pourris gâtés, qui adorent le bling-bling et la poudre.
Il y a une autre soirée, sur un bateau. Organisée par les Cap Verdiens. Cette fois, c'est ma tante: "prenez le train pour aller à la soirée angolaise. Je ne vous veux pas parmi les Cap Verdiens".
Les couteaux et l'alcool ne font pas bon ménage. Je me souviens à Rome, on est allé dans une boîte où un groupe très connu jouait. Tout allait bien jusqu'à ce que la bataille éclte parmi les spectateurs. Mon cousin l'Essayiste, 1.97 m, ouvre les bras pour nous écarter de la bagarre. Je ne vois qu'un énorme torse devant moi, avec ma cousine Romaine. Les chanteurs ont lancé "on veut l'amour, pas la guerre". C'en est terminé des soirées cap verdiennes. Depuis que ma grande soeur en a épousé un, mes frères ont sorti les annales des blagues anti-cabudju. C'est comme les Français et les Belges en somme...
Le Nouvel An pour moi est un jour comme un autre. Ça tombe bien, pour Don aussi. J'avais envie de me reposer l'esprit. De m'éloigner de tout et de tous. On a opté pour le plus simple, qui nous convenait: un bon dîner et on allait voir les feux d'artifice sur le Pont d'Érasme.
C'est parfait. Dans le sud, ma tante n'est pas d'accord avec notre plan. Au pire, qu'on prenne un train pour Maastricht. Nah... je suis très bien comme ça.
On prépare le dîner, on mange, on parle, on rit, on regarde la télé, et on se prépare pour sortir. A 22h45, il ne pleut pas. Il n'y a pas de vent. Sur CNN, on avait parlé de spectacles de fin d'années annulés pou cause de mauvais temps dans le nord de l'Europe. Si on avait fait attention...
On se ballade, il fait beau, trop beau! Ici et là, on entend des pétards. Quelques-uns essaient leurs feux d'artifices. On voit le port. On marche encore, il y a l'école où Done a fait ses études de commerce. De l'autre côté du pont Erasme, c'est son bureau. On commence à traverser le pont quand le vent et la pluie se disent: que la fête commence. Et m..........!
C'est la tempête. La pluie qui gifle, le vent qui glace et qui déplace même mon poids lourd. A vrai dire, je ne suis pas à l'aise sur le pont d'Erasme, sur le Maas. Don me dit de marcher jusqu'à la station de métro. Je regarde au loin. C'est sec là-bas. J'avance de deux pas. Et je reviens en arrière.
"Je n'y vais pas! Si je fais deux pas, je me retrouve dans le fleuve!" je crie pour qu'il me comprenne.
De plus en plus de piétons se trouvent pris au "piège" (bien grand mot) de la tempête annoncée sur BBC. Il pleut des cordes, des chiens et des chats (comme disent les Anglais) et toute l'animalerie! Je ne peux pas décemment faire un pas sans cette réelle peur de tomber à l'eau. Je sais nager mais d'1) le vide m'effraie, de 2) la plongée n'a jamais fait partie de mes bonnes résolutions (ou mauvaises) et 3), on est aux Pays-Bas, sapristi! Cette eau ne doit pas être à la même température que la Méditerranée!
L'eau coule à l'intérieur des manches de mon pardessus. Je dois avoir l'air fin. Et puis, tant pis! Voilà une bonne demi-heure que je suis sous la pluie avec ses gouttes qui piquent, je ne me protège plus. Je lance à Don: "Nous voilà bien lavés de tous nos péchés!"
Des voitures commencent à s'arrêter sur le pont. Il y a de plus en plus de piétons malgré le mauvais (archi même) temps. Ilse peut qu'il y ait (encore) des feux d'artifice. On en a entendu toute la journée de tous les coins et même par mauvais temps. Done dit que ça fait une semaine qu'ils sont en train de se préparer au Nouvel An!
Tout d'un coup, la vitre d'une des voitures s'ouvre pour qu'on entende un animateur-radio en train de saluer la Nouvelle Année. Un des immeubles près du pont avait une horloge numérique. Qui n'était pas à la même heure.
Enfin, nous avons fêté par deux fois le Nouvel An, tout comme le réveillon 2005/2006 (nos montres à la soirée n'étaient pas synchronisée avec Jean-Pierre Foucault).
1er janvier 2007
Don ouvre la bouteille de champagne et on trinque. Des projets, on en a plein. La pluie était devenue secondaire. Le spectacle commence enfin, les feux d'artifice de toutes les couleurs. Mais après quelques minutes, on décide de rentrer. Il pleut encore et plus fort. On est aventurier mais pas tant!
Le plus on avance, le moins il pleut (esprit de contradiction de Saint Pierre sans doute!) Tant qu'à faire, vu que je suis trempée, on aurait dit que finalement, j'étais tombée dans le Maas, je saute de plein gré dans les flaques et je joue à la marelle. Je n'aime pas le champagne, mais j'en prends quelques gorgées les trente minutes qui nous séparent de chez mon cousin. Tout le long du chemin, il a des gens qui allument des pétards à faire éclater les tympans, des feux d'artifice qui sortent par les fenêtres.
Le quartier de mon cousin est un vaste brouillard qui pue la poudre. On se dirait en plein revival de la guerre. Au moment où mon cousin dit "on se croirait en Bosnie", on est pile poil devant un immeuble à moitié démoli. On serait en Angola plutôt.
Un gars allume un pétard qui doit faire deux mètres de longs. On est à proximité et quand ça éclate, je m'enfuis en courant les mains protégeant mes oreilles. Imbécile!
On ne pense qu'à rentrer et nous changer. On risque une pneumonie, voilà presque une heure qu'on est glacé jusqu'aux os.
"On arrive." dit Done.
Moi: "On dit qu'on arrive quand on est devant la porte! Pas avant!"
Je me souviens une fois, au Portugal, quand je squattais chez mon oncle Z (le frère de ma mère) et mon père était de passage chez ma tante Des Courses (sa soeur), à 5 mn de là. Il m'appelle et me dit "prépare-toi, nous allons visiter untel, j'arrive dans dix minutes." Je connais mon père. Je prends tout mon temps et je mange. Il est arrivé deux heures plus tard... D'où ma méfiance.
Aussitôt arrivé, on se change, se sèche, on met nos pyjamas et on s'éclate de rire.
Don: "C'est pas bien..."
Moi: "Ça me va. Demain, je ne me lève pas, sauf sous la contrainte."
Lui: "Moi non plus. Bonne année Jo!"

1-3 janvier 2007:
Je me ressource, je me repose la tête loin de tout ce qui me fâche.
Et j'écris. Voilà des mois que je n'avais pas écrit quoi que ce soit de décent, et là, des poèmes sortent, des nouvelles s'enchaînent, des lignes et des lignes de mots se forment. Le temps de Don faire sa sieste et de se réveiller, je suis toujours dans la même position, assise par terre devant cette fenêtre immense. Tout comme à Amsterdam, je suis fascinée par le métro aérien... Ça m'avait inspiré...
Don repart travailler, il appelle toujours inquiet "tout va bien?"
Comment lui dire que je vais très bien! Je ne suis pas venue à Rotterdam pour faire du tourisme, mais pour fuire, m'éloigner, disparaître. Bien sûr que je vais bien! Cette année sera extraordinaire... 2007 sera mon année.
Juste la pensée me met de bonne humeur.
Et puis, il y a des amis de Don qui arrivent de la Suisse. La conversation est abracadabrantesque. Des lignes croisées en allemand, portugais et français. Avec mon cousin, je tente toutes les langues, il les parle toutes. Il essaie de réparer son iPod, je tente le néerlandais. Il me laisse passer devant lui, il me parle en français. Il veut me faire passer un message, c'est en portugais. Je me moque de lui, je le fais en anglais.
Pendant la conversation, il lance en français à ses amis "ma cousine s'en va, c'est un peu de mon coeur qui va avec elle."
Je rougis, je me cache derrière mon livre. Je lance un "eish" sonore, et puis quoi encore!
Le reste, je passe sous silence... C'est embarrassant. :")
Rotterdam, 3 janvier 2007 au soir
J'ai la flemme de reprendre le Thalys dans le sens inverse. Le fait d'arriver dans une voiture où on a l'impression d'être comprimée, sans réelle envie, avec une mini-passagère bruyante et à tendance de perroquet, nostalgique de la dernière fois qu'on a pris le Thalys (du coup, du Gentleman) et du repos moral passé à Zuidplein, je n'arrive pas à envisager la Gare du Nord, Paris et... ma famille.
Au départ, Don et moi observions les passagers pour Anvers et Paris. Il y avait une petite famille à deux pas de nous. Les Angolais se reconnaissent de visu, même sans jamais s'être adressé la parole. Je ne sais pas comment ou pourquoi, on sait qui est qui. De même avec les ex-Zaïrois qu'on appelle polimment les Angolais du Nord. Beaucoup d'Angolais ont grandi/vécu au Congo démocratique, et beaucoup de Congolais ont un passeport angolais (et quelques-uns ne parlent pas un mot de portugais).
Puis il y a des jeunes filles qui sont en train de s'engueuler à la descente du train précédent. Au fait, une d'elle n'est pas allée en cours pendant une semaine et accuse l'autre de l'avoir balancée à son père. Elle était en prison entre-temps... C'était joyeux, ça donne tout de suite envie d'écrire une saga autour! (je blague!:P)
Et puis Don me lance: "ton train a un retard de trente minutes, on a le temps d'aller prendre un café."
Déjà que je savais que j'allais arriver à Paris à 23h, j'étais moyennement ravie.
Moi: "Et tu l'as lu où, cette info?"
Lui: "Là-bas, c'est marqué que c'est en retard." (il montre le panneau d'affichage).
Je regarde dans la même direction.
Moi: "C'est marqué que pour rentrer dans le train il faut avoir une réservation."
Lui: "Et zut, on peut plus te mentir en néerlandais!"
Moi: "Bien tenté."
Lui: "Ça va faire bizarre de ne pas te trouver à la maison. Merci d'avoir fait de mon 'espace' une maison."
Et je pars, triste, confinée à ma place comme une sardine. Je sors Une fille dans la ville de mon sac à mains, me disant que la vie d'une fille cosmopolite était loin d'être dorée.
Paris, 3/4 janvier 2007
Le train est en retard (arrêt à Anvers), mais Jess qui vient d'arriver du Portugal m'envoie un SMS: C'est une famille unie qui vient te chercher. En sortant du Thalys, et en voyant Le Philosophe, j'ai eu les larmes aux yeux.
On s'adore de loin, on s'aime lorsqu'on se voit et on se hait lorsqu'on passe plus de trois jours ensemble à moins d'avoir des pauses entre-temps, ou s'enfuir comme Jess et moi. Je saute au cou de mon père, prête à confesser les crimes que je n'ai pas commis.
Moi: "Je t'ai pas vu depuis l'année dernière, vieux! Bonne année!"
Et Le Petit Prince! Mon adorable bébé d'amour! En quatre jours, ni Jess ni moi ne reconnaissons notre petit frère. Il parle par les coudes! Finalement, je suis contente d'être à Paris avec eux. Encore plus quand on sait que la troupe prend l'avion pour le Portugal le lendemain! (Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec le Portugal?!)
5-10 janvier 2007
Le vendredi soir j'ai rendez-vous. Je passe sous silence ;)
Le samedi soir, ma soeur m'embarque à St Cloud pour un dîner "entre filles" très "Sex & the City". Le lendemain, pour rentrer à Courbevoie dans l'après-midi, c'était a piece of cake (sentez l'ironie)! Je n'arrive pas à m'y faire aux transports parisiens! Mais j'ai finalement réussi à avoir du Pizza Hut (y'en a pas à Montpellier... en tout cas, ma connaissance!)
De plus en plus Lady Jay m'envoie des SMS dugenre "Jo t'exagères! T'étais supposée être de retour le 3!" Puis le 5, puis le week-end, et les jours passaient... Situation d'urgence familiale, je ne rentre plus le 9, mais le lendemain encore.
La famille rentre le mardi du Portugal et repart immédiatement pour l'Angola.
Mission du jour, si vous l'acceptez (on n'a pas le choix): prendre la valise de la Miss et la lui rendre à Roissy.
Je traîne la maudite valise derrière moi de chez ma soeur jusqu'à la Défense. Jess me dit d'attendre devant la Fnac. Je n'ose plus faire un pas. Cette valise de malheur est moche, pèse une tonne, ne tient pas en équilibre. Après quinze minutes interminables de marche, je me pose, je m'assois sur la valise et prend un air de Caliméro.
Ma soeur m'appelle: "Tu es où?"
Moi "Devant le CNIT."
Elle: "Je suis devant le CNIT et je ne te vois pas!"
Moi: "Je suis devant la Fnac. Y'a qu'une Noire assise sur une valise sur ce parvis, et cette imbécile c'est moi. Je-bou-ge-pas d'ici."
Jess arrive, prend le relais, ne fait pas trois pas et qu'elle commence à insulter la valise.
On prend un taxi pour Roissy, vu mon refus catégorique de traîner cette chose dans le RER.
Quarante minutes de trajet où on a parlé des caractères de nos parents, plutôt leurs défauts, et tous les collatéraux. Vérité soit dite, je ne parlais pas autant à ma soeur quand on vivait ensemble. Il a fallu qu'elle déménage pour qu'on se comprenne mieux, ce qui fait un an et demi de bonnes relations.
Les touristes arrivent enfin dans le terminal indiqué (où on a pris un encas), on rit une dernière fois. Le Petit Prince a encore grandi en 6 jours, ce n'est pas du jeu. Quand je rentrerai en Angola en mars, je ne vais plus le reconnaître!
Après les adieux, on rentre. Une heure et demie de trajet!!!RER, métro, je n'y comprends rien!
On prend du chinois et Lady Jay appelle. Sans "salut" ni rien "où es-tu?"
Moi: "On ne dit pas bonjour? Ça va?"
Elle: "Salut. Ça va? T'es où?"
Moi: "Paris."
Elle: "OK, au revoir."
Eish wena! A dire vrai, j'avais même pas envie de rentrer à Montpellier!
Je passe ma soirée à voir Absolutely Fabulous. Le lendemain, je prends le RER pour la Gare de Lyon. J'ai finalement compris la technique.
Désormais les voyages en train me semblent bien tristes...

04:05 Publié dans Carnets de Voyages | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Vadrouille, Noël 2006, 2007, Paris, Rotterdam, Thalys
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Commentaires
Il était temps que tu reviennes. 18 jours sans toi sur le Net, c'était très long.
Welcome back
Ecrit par : Esther | jeudi, 11 janvier 2007
Merci Esher! :D
Et même pour moi, 18 jours sans internet étaient durs ;)
Ecrit par : Jo Ann v. | jeudi, 11 janvier 2007
Contente de te savoir de retour :)
Ecrit par : wrath | vendredi, 12 janvier 2007
Merci bien! :)
Ecrit par : Jo Ann v. | vendredi, 12 janvier 2007
Ecrit par : Jo Ann v. | mercredi, 10 octobre 2007
Franchement si je puis me permettre....quelle nounouille!!!!!
Reste plus qu'a esperer qu'il passe par ici (moi j'y crois très fort ;o) )
Ecrit par : lamousmé | lundi, 15 janvier 2007
Tu peux te le permettre! ;)
Je dois repartir à Amsterdam de toute façon (visage innocent).
Ecrit par : Jo Ann v. | lundi, 15 janvier 2007
ah là là!!! un peu de bagou que diable!! :o) mince! il avait l'air bien le jeune homme! moi j'ai rencontré dans le bus aujourd'hui un charmant martiniquais... mais chuis casée comme dit l'autre, alors... !!!
Ecrit par : choupynette | lundi, 15 janvier 2007
Peut-être une nouvelle résolution? ;)
Ecrit par : Jo Ann v. | lundi, 15 janvier 2007
Bonjour Jo-Ann
Je découvre ton blog au détour de quelques clics en escalier.
Je suis soufflée par ton style. Je suis restée en haleine tout le long de ce post.
Je vote pour toi...
Ecrit par : Amazone | vendredi, 19 janvier 2007
C'est sûrement pas de mes meilleurs, mais merci beaucoup! :D
Ecrit par : Jo Ann v. | vendredi, 19 janvier 2007
Je passe par là après avoir vu ton lien sur le post d'Elisabeth ( comment ça tu n'as pas été happée par son livre??? hihi ) et je me dis que :
1/ Tu écris vraiment bien
2/ Tu devrais croire d'avantage en l'amour et "son chacun"
3/ Si la vie est bien faite, tu le retrouveras...et cette fois ne le laisse pas partir !
Ecrit par : maud | dimanche, 23 septembre 2007
Maud »» Ravie que tu sois tombée dans ce puits-ci ;)
1 - Merci :)
2 - Je veux être une "croyante" corps et âme!
3 - Je n'ai rien contre aller faire un tour à Amsterdam ;) Et je serai moins bête (j'ose espérer!)
Ecrit par : Jo Ann v. | dimanche, 23 septembre 2007
Ecrit par : Jo Ann v. | mercredi, 10 octobre 2007
Très sympa ton blog Jo-Ann. On sent que tu t'en occupes avec amour. Continue surtout !
Reçois tous mes encouragements et mille baisers en prime...
Mimi
Ecrit par : Miriam | vendredi, 19 janvier 2007
Merci beaucoup :D
Ecrit par : Jo Ann v. | vendredi, 19 janvier 2007
Ecrit par : Jo Ann v. | mercredi, 10 octobre 2007
Je m'excuse mon francais mais...J'ai lis votre histoire et ca est tres interestant pour moi. Ok - bien, je jamais practique mon francais plus ici au Canada... Peu etre c'est mieux pour moi practique plus avec les choses plus interessant... Et amuse toi.. hehe.. J'aime le sud de france, aussi la suisse.. :)
Ecrit par : expatraveler | lundi, 22 janvier 2007
I'd be glad to help out ;)
Merci d'être passée!
Ecrit par : Jo Ann v. | lundi, 22 janvier 2007
Ecrit par : Jo Ann v. | mercredi, 10 octobre 2007
