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dimanche, 07 octobre 2007
BRINK, André (Afrique du Sud)
Une saison blanche et sèche ♥♥♥♦ (VO: A white dry season)
• Un jour, un romancier reçoit l'appel puis la visite d'un ancien camarade de classe, Ben Du Toit. Voilà plusieurs années qu'ils ne se sont pas vus. Mais peu importe. Ben Du Toit sait qu'il est en danger de mort et confie au romancier un tas de paperasse, au début sans lien apparent, mais qui est le fruit d'une longue investigation sur la mort d'un homme noir et honnête par la main de la Police de Sûreté, bien sûr mandatée par le Parti Nationaliste et la politique raciste qu'est l'Apartheid en Afrique du Sud. Jamais un membre de la police ne serait accusé de la mort d'un simple jardinier noir, du moins, ce n'aurait pas été un homicide volontaire dans les prisons de la police...
Le romancier va alors remonter le fil de telle investigation et nous la raconter, du point de vue de Ben. Comment la vie de cet instituteur sans histoire, ancien berger, dont les jours se suivent et se ressemblent, va basculer du jour au lendemain lorsque Gordon, son jardinier, lui demande de l'aide pour son fils Jonathan qui a de mauvaises fréquentations.
Ben, qui n'a jamais rien fait qui aille contre les lois de son pays, malgré son opposition morale au régime, va être émergé dans les mensonges et les crimes de son propre État, va se lier d'amitié avec Stanley, un Noir original ami de Gordon, va voir sa vie de famille s'émietter, son hiérarchie contre lui, ses élèves se moquant de lui, malgré le support de Melanie et Phil Bruwer, de l'avocat Dan Levison...
Ben sait qu'il va y laisser les plumes, mais s'entête à aller jusqu'au bout, pour savoir la vérité sur la mort de Gordon, pour blanchir son nom, malgré les bâtons dans les roues et les intimidations de la police de sûreté.
• Je me rends compte que je lis souvent les livres traitant de l'Afrique de manière différente. Je ne les lis pas en tant que lectrice anonyme, mais en tant qu'Africaine (d'où, je crois, des critiques plus négatives pour les uns et bien plus longues pour les autres). C'est plus fort que moi, je ne sais pas faire autrement.
Pourtant, tout au long de ce livre, j'ai essayé de ne pas plonger corps et âme dans l'histoire, dans le contexte historique et social, d'un pays que j'aime énormément et que j'ai adopté comme ma deuxième maison.
Autant je me sentais concernée, autant l'injuste était toujours aussi fraîche dans mon esprit, autant je n'ai pas réussi à complètement plonger dans l'histoire comme j'ai plongé dans les rues de Johannesburg en le lisant. Malgré l'implication de Ben Du Toit dans tout ça, j'ai senti la frustration qu'est celle de vouloir la vérité à tout prix malgré la loi qui nous l'empêche, la frustration de savoir qu'à partir du moment où on aide quelqu'un, c'est tout le quartier qui vient demander de l'aide, l'irritabilité de savoir que même si c'est une cause juste, beaucoup de gens y passaient... même Ben s'est arrêté un moment pour se demander s'il devait continuer alors qu'on meurt de mort non-naturelle autour de lui, l'impuissance de ne pas avoir les réponses à nos questions, de ne pas avoir la vérité au grand jour, de voir qu'on est cible des grands alors qu'on n'est rien...
• Une fois, je passais les vacances chez mes cousins au Portugal et à la télé, il y avait un film sur l'Afrique du Sud relatant l'Apartheid. Je voulais le voir. Ma cousine me lance "comment peut-on aimer un pays avec des lois racistes et injustes?" En l'aimant, tout simplement, sachant que l'Apartheid a été aboli récemment. Mon père a été un des premiers hommes noirs à pouvoir rentrer en Afrique du Sud pendant l'Apartheid (nos passeports étaient valables partout, sauf en Afrique du Sud). J'ai emménagé chez lui moins de quatre ans après la fin de l'Apartheid.
Avec le lycée ou mon père, j'ai visité les townships de Johannesburg et de Pretoria, j'ai vu Soweto de l'intérieur, j'ai vu les tensions entre les Noirs et les Blancs qui leur parlaient en Afrikaans alors qu'en Anglais ce serait tellement plus simple...
En lisant ce livre, j'ai revu le centre-ville de Jo'burg déserté par les Blancs après l'Apartheid, j'ai revu les routes de terre des townships, j'ai revu les banlieues de Jo'Burg où j'ai moi-même vécu, parfois seule famille noire de tout un quartier.
Au lycée, on nous impliquait dans l'histoire complexe de ce pays, the Rainbow Nation, en nous faisant visiter les prisons inhumaines, suivre les pas de Mandela et de Gandhi, lire le TRC (Truth and Reconciliation Commission) pour rétablir la vérité et les exactions de ce temps encore si proches, lire et entendre des témoignagnes de gens qui venaient nous parler (d'ailleurs, c'était extra d'être Angolaise, car on me disait souvent que beaucoup de Noirs sudaf se sont réfugiés en Angola et y ont fait leur entraînement militaire).
Alors voilà. J'ai essayé de lire ce livre à une distance respectable, pour ne pas être indifférente au sort des millions de Noirs qui ont souffert de cette ségrégation raciale et légale, mais je n'ai pas réussi car c'est moi et que c'est de l'Afrique du Sud qu'on parle. Un pays qui malgré tout et à peine 12 ans de démocratie, encore enfant, lutte pour que son histoire ne soit pas oubliée mais pour qu'elle soit aussi une leçon d'exemples à ne pas suivre. Et où je n'ai jamais été jugée par la couleur de ma peau (déjà que les mariages mixtes étaient illégaux, les Métis sont un cas à part dans ce pays).
Peut-être je revisiterai ma note car elle ne réflète pas ce que je ressens à la fin de ce livre, comme je ne sais pas ce que je ressens à la fin de ce livre.
22:55 Publié dans Marque-Page | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : André Brink, Roman, Littérature africaine, Livre de poche









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Commentaires
Ah mais en fait tu as aimé quand même... c'est juste que le sujet te concerne trop pour que tu le prennes comme un roman, comme tu l'expliques...
Ecrit par : Cuné | lundi, 02 octobre 2006
Je dois prendre des cours! "Comment lire un livre sans se sentir impliqué?"! Il doit bien y avoir quelque part... :P
Ecrit par : Jo Ann | lundi, 02 octobre 2006
Ecrit par : Jo Ann v. | samedi, 06 octobre 2007
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