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mercredi, 03 octobre 2007
DIOME, Fatou (Sénégal) ♥

Rencontre: 21 mai 2006, Comédie du Livre, Montpellier

Lu:
♥ Le ventre de l'Atlantique
♦ La préférence nationale
La préférence nationale ♥♥♥♥
En six nouvelles, Fatou Diome évoque son enfance, son bac, son mariage avec un Français, son divorce en France, ses emplois alimentaires, le racisme et discriminations, les préjugés car elle a beau être Noire et femme de ménage, elle n'est pas moins une intellectuelle, qui joue avec Descartes et Voltaires, doctorante en lettres modernes. A compétences égales, elle sera toujours la bonne et son amie française assurera les soutiens à domicile.
Mais par délit de faciès, elle ne sera que la bonne et malgré ses diplômes, on lui parlera toujours en "y'a bon Banania"...
• Six nouvelles aux styles complètement différents.
La mendiante et l'écolière: c'est une écolière dans une famille d'accueil. Pour sauver son argent, elle l'investit auprès d'une lépreuse qui vend des cacahouètes. C'est le seul moyen d'avoir un repas et de ne pas avoir à rentrer à midi...
Mariage volé: Alors qu'elle se marie, la narratrice se souvient du jour de son Bac de français...
Le visage de l'emploi: Même pour un simple job de baby-sitter, être noir est un obstacle. D'emblée, on parle petit-Nègre, on profite de l'accent pour penser qu'on va pas discuter des droits, et le baby-sitting devient bonne à tout faire au revenu minimum. Et même là, on se demande "qu'est-ce qu'on va faire avec ça?!"
La préférence nationale: divorcée, son mari l'ayant reniée pour cause de pression familiale, toujours la préférence au bleu-blanc-rouge, la narratrice a besoin de travailler pour vivre et continuer ses études. Elle répond à une annonce où une mère de famille, qui n'avait pas le bac, voulait du soutien scolaire pour sa fille. En voyant la Négresse arriver, malgré la licence, c'est quelqu'un du type européen qu'elle veut. On pense de la narratrice qu'elle est parano, que si elle se donnait les moyens, elle pouvait avoir tout ce qu'elle voulait.
Elle donne le nuuméro à une amie française qui l'appelle: "j'ai eu le boulot. Merci pour le tuyau. Par contre, leurs voisins ont besoin d'une femme de ménage si ça t'intéresse"...
Cunégonde à la bibliothèque: encore femme de ménage, le chef de famille la surprend à la bibliothèque "des livres? Mais pour qui? Pour quoi faire?"
"Eh bien, pour moi, cher monsieur. Je suis en DEA..."
Le dîner du professeur: Une aventure avec un professeur-docteur de quelque chose. Juste pour faire prendre conscience à la narratrice qu'elle veut seulement que quelqu'un l'aime...
Maintenant une énigme.
Entre une amie et moi, toutes deux africaines. Elle a un nom africain, moi un nom occidental.
Laquelle de nous a plus de chances?
Le ventre de l'Atlantique ♥♥♥♥♦
• Salie, la narratrice, est Sénégalaise. Originaire de l'île de Niodior, sur la côte sénégalaise, elle a émigré en France, ElDorado de tous les habitants de l'île, pour suivre un mari français qui la quitta très vite après son arrivée en France. Étudiante, écrivaine et femme de ménage, elle est reliée à son île, à son frère Madické par le cordon ombilical qu'est le cordon du téléphone, seul moyen de communication entre Salie et son île natale.
Madické, lui, passioné de foot, de Maldini, d'AC Milan et de la Squadra azzura, il ne rêve que d'une chose, comme tous les autres adolescents de Niodior: aller en France et jouer dans des équipes de football françaises. Même s'il est pro-Italien, c'est plus facile d'accéder à son idôle par la France.
De quelle façon peuvent Salie et Ndetare, l'instituteur syndicaliste exilé sur l'île et interdit d'aller en ville, mettre dans la tête de ces jeunes que les quelques Sénefs (joueurs sénégalais évoluant en France) sont des exceptions et que la réalité pour la plupart des immigrés Africains, la vie n'est qu'une succession de désillusions et de rêves avortés?
Mais ces jeunes ne veulent rien savoir. Pour eux, l'exemple du Monsieur de Barbès, notable de l'île qui est parti en France et est revenu triomphant, mais qui enjolive ses anecdotes pour qu'on continue à l'écouter. D'ailleurs, il a la seule télé de l'île, où les adolescents assistent aux matchs des Bleus. Mais que faire de Moussa, aspirant Sénef qui est revenu [via charter]? Non, pour ces jeunes-là, Moussa est une erreur de parcours.
• C'est toujours difficile. L'immigré ne peut pas dire à celui qui veut émigrer que l'émigration n'est pas que facilité, car sinon, la réplique immédiate sera: alors? Si ce n'est pas si bien, pourquoi tu y restes? Comment expliquer alors que la vie en France (ou en Europe en général) n'est pas facile, que les étrangers ont du mal, sont exploités, qu'ils peinent à avoir des papiers, que dès l'arrivée en France, ils n'ont pas encore traverser la frontière, que l'officier des douanes lancent des Ça me saoule que vous veniez chercher votre fortune ici. Vous n'avez qu'à rester sous les cocotiers chez vous. Ou quand un groupe d'Africains parle une langue qui est inconnue du bataillon, on lance Vous comprenez ce qu'ils ditent? Non, mais vous parlez comment là-bas? Avec les pieds?, faut-il préciser que l'Afrique n'est pas UN pays, mais un continent avec 53 et presque le millier de langues bantoues?
Et puis, cette tradition implicite. Quand l'émigré revient au pays, peut importe s'il y souffre, s'il y est au chômage, s'il est "technicien de surface" ou veilleur de nuit. Quand il revient, il se doit d'apporter des cadeaux pour toute la famille qui n'est pas restreinte. Même les membres de la famille éloignée par on ne sait quelle branche de l'arbre généalogique. Car sur Niordior, tout le monde est cousin de tout le monde. Depuis des générations, ce sont les mêmes mariages, les mêmes noms qui circulent. Alors forcément, la famille ne cesse jamais.
Si on revient les mains dans les poches, on subit les quolibets et scandale de ses voisins, on jette la honte sur la maison de ses parents et de sa famille la plus proche. Maintenant que tu vis en Europe, tu oublies tes obligations. Tu n'envoies pas de sous à la famille. N'oublie pas pourquoi on t'a envoyé. Tu dois nous aider. C'est ton devoir. Mais non. En Occident, tu es devenu individualiste. Tu ne penses qu'à toi. Tu ne portes même plus les habits traditionnels, tu veux être comme eux.
Alors en revenant, les aides soignants sont médecins, les remplaçants sont professeurs, les techniciens de surface sont hôtes d'accueil.
Le seul lien qu'a Salie avec Madické, c'est le téléphone et le foot. C'est le seul sujet de conversation. Quand Madické ne peut pas assister aux matchs, il appelle sa soeur du télécentre, pour qu'elle le rappelle saignant pour France Telecom et qu'elle lui raconte les détails.
Parce que même si elle trouve que son frère est égocentrique, il n'y a que le foot, elle regardera tous les matchs pour lui. Même sans argent, elle achètera tout l'équipement de foot qu'il demandera. C'est sa manière de veiller sur lui.
• Fatou Diome est à ajouter à ma liste d'auteurs à relire. Son écriture est si poétique, si imagée! Elle a un humour noir relatant la détresse des immigrants en France, cette différence d'attitude lorsque l'Africain est brillant dans son domaine, on lui fait la fête, lorsque c'est un immigrant lambda, à qui le tour.
Mais comment expliquer aux autres ce dilemme qui est en nous, plupart des étrangers, qui ne sauraient rester à l'étranger très longtemps mais que rentrer au pays leur est devenu insuffisant?
Comment expliquer à ceux qui veulent absolument partir, qu'il n'y a rien de mieux que "chez nous", mais que d'un autre côté, chez nous ce sera toujours là où on posera nos oreillers? Que nous ne sommes pas nous sans l'Afrique et sans l'Europe? Que nous avons besoin de marcher dans les pas des deux?
Chez moi? Chez l'Autre? Être hybride, l'Afrique et l'Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. Je suis l'enfant présenté au sabre du roi Salomon pour le juste partage. Exilée en permanence, je passe mes nuits à souder les rails qui mènent à l'identité. (...) Je cherche mon territoire sur une page blanche; un carnet, ça tient dans un sac de voyage. Alors, partout où je pose mes valises, je suis chez moi.D'un côté, je n'ai pas de légitimité à parler du même genre d'immigration. Car je suis étudiante et que je ne travaille pas pour vivre, que je souffre pas des mêmes galères. Nos points communs seraient le départ et l'administration, et encore... Quand je rentre en Angola, on n'attend pas de moi que j'apporte quoique ce soit. Déjà que le sens des finances se fait à l'opposé, c'est de l'Angola qui vient mon argent de poche, et ce n'est pas de la France qu'on envoie en Angola.
Mais.. Il y a tellement de choses à dire, à écrire...
Je ne ferai que conseiller ce livre, il vaut le coup d'être lu et Fatou Diome vaut le coup d'être connue. Bientôt, son livre sera disponible en anglais, et ça, c'est top!
23:15 Publié dans Marque-Page | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Fatou Diome, Coup de coeur, Roman, Nouvelles, Rencontres, Littérature francophone, Littérature africaine









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Commentaires
Je l'ai lu et j'ai beaucoup aimé. Je n'avais jamais réfléchi aux questions soulevées par cette histoire, et ça m'a fait réfléchir, justement.
Sympa le nouvel environnement de ton (tes) site(s) :)
Ecrit par : kroustik | dimanche, 01 octobre 2006
Merci d'être passée, Kroustik! :D
Ecrit par : Jo Ann | dimanche, 01 octobre 2006
J'ai adoré Le Ventre de l'Atlantique et je m'aperçois que nous avons pas mal de lectures en commun : Mabanckou, Shan Sa, entre autres. Bravo pour cet autre blog. Je connaissais déjà Entre mes lignes; je découvre celui-ci à présent. Tu es très prolifique !
Ecrit par : Titus | jeudi, 23 novembre 2006
Oh, faut pas se tromper! ;)
Je n'ai pas (encore) lu Alain Mabanckou même si je suis ne assidue sur son blog et je suis une fan! :P
Mais c'est juste que j'aime beaucoup sa manière de parler, ça me fait penser aux conteurs africains... Mon père fait partie de ces conteurs et je ne me lasse jamais de l'écouter. :)
(Si une âme généreuse veut bien me l'offrir, je ne dis pas non... mes envies sont là-haut! :P)
Ecrit par : Jo Ann | jeudi, 23 novembre 2006
Ecrit par : Jo Ann v. | dimanche, 30 septembre 2007
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