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mercredi, 03 octobre 2007
Collectif: Dernières nouvelles du Colonialisme
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Lorsqu'est sortie la loi parlant du rôle positif de la colonisation, le Malgache Jean-Luc Raharimanana a envoyé un e-mail à des écrivains africains et antillais pour leur dire "vous avez dix jours pour écrire une nouvelle sur la colonisation."
Un mois et demi plus tard, 16 écrivains se sont joints à Raharimanana pour ce recueil de nouvelles.

• 17 manières différentes de parler du rôle "positif" de la colonisation, du point de vue de Congolais, de Togolais, de Haïtiens, de Guadeloupéens, de Marocains...
On utilise la fable, le conte, la lettre, la légende, le compte-rendu, l'auto-fiction. Et surtout, surtout, on utilise une bonne dose d'ironie et de second degré.
• Ce sont des nouvelles inégales. Les styles sont diamétralement opposés pour certains. Raharimanana dans Pacification, se penche sur le côté historique; dans Le cru et le cuit, Bessora va dans le burlesque. Marie-Célie Agnant n'utilise pas de ponctuation (c'est une longue phrase sans points ni virgules ou majuscules) pour Je suis de ce pays où l'herbe ne pousse plus... . Certains parlent depuis la traite négrière comme Ernest Pépin et Le 14 juillet d'Isidore. D'autres parlent de la situation présente comme La page blanche de la colonisation de Gary Victor. Et mon préféré reste Propos abracadabrants d'un colonisé d'Alain Mabanckou où il utilise l'ironie et la première personne pour dire que s'il n'y avait pas eu le colon, on serait encore sous la houlette de Shaka Zulu.
Mais le constat est le même. Aucun d'eux n'acceptent que la colonisation soit positivée.
Je sais que quand on me demande pourquoi je parle le portugais, presque inconsciemment je dis "ce sont les Portugais qui nous ont eu", ils ont battu les hollandais. Mais je serai incapable de dire si j'avais voulu n'importe quel autre colon pour nous civiliser.
Ces nouvelles, malgré leur côté ironique, sont violentes. Elles nous percutent par l'odeur, par la vue, par la douleur. Et surtout cette injustice qui ressort dans chacune d'entre elles. Que ce soit pour la traite négrière comme pour le fait qu'aujourd'hui, juste par le fait d'avoir la peau noire, on est déjà coupable.
Par exemple, quand on veut parler d'un Noir... Alors que les Africains eux-mêmes se nomment Négro-Africains et/ou Nègre, un Blanc aura plus de mal. Car malgré tout, Nègre a une mauvaise connotation, c'est un nom qui pèse. Mais moi (et beaucoup d'autres), aussi Métisse que je puisse être, je refuse d'être appelée "Black". On veut m'appeler Noire, Négresse, soit. Insultant est "Black". Mais on est en plein dans un mouvement où on marche sur des oeufs, on ne sait plus comment s'adresser à l'autre, comment réagir face à l'autre.
Moi, je ne suis pas colonisée, je suis née en terres indépendantes, même si je suis petite-fille d'Européens. Je ne suis pas une "Noire exportée" comme disait une amie à moi, malgré la violence de ses propos. Mais du fait que je sois moi Métisse, j'ai comme le timbre de je ne sais quel esclavagiste sur mon front. En Angola, c'est Blanche qu'on m'appelle.
Dans la nouvelle de Benjamin Sehene, Ta Race, un Rwandais est emmené au poste de police en GAV suite aux émeutes de banlieue, juste parce qu'il se retrouvait là sur son chemin et qu'il était noir. Pour Sami Tchak et son Pont allemand, les colons ont beau coupé des mains et des pieds à des indigènes. Mais c'était pour leur bien. Pour qu'ils progressent.
Je ne me souviens plus quel était l'auteur (ou même la nouvelle) qui a écrit les tiers-mondistes ont une dette envers l'Occident... ils ont été exploités, volés, violés, mutilés, tués, et encore on doit leur payer en leur remerciant.
Après la lecture de ce recueil, on ne peut que comprendre le déchaînement contre cette loi. Pour ceux qui étaient déjà en colère, on n'a rien fait pour calmer le jeu. Pour ceux qui ne comprennent pas, c'est le bon moment.
Enfin de comptes, comme le dit Benjamin Sehene, beaucoup d'enfants d'immigrés, par délit de faciès ne sont ni Africains, ni Européens. Nés en France mais toujours renvoyés à leurs origines.
Jusqu'à quand?
Moi je sais, que malgré mon nom allemand, c'est toujours là-bas en Afrique qu'on va me renvoyer. Et puis quoi encore...?
23:15 Publié dans Marque-Page | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Dernières nouvelles du colonialisme, Alain Mabanckou, Bessora, Nouvelles, Collectif, Littérature africaine, Littérature caribéenne









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Commentaires
Merci Jo Ann pour cette chronique d'un livre qui nous tient tous a coeur,
Bien a vous,
Alain Mabanckou
Ecrit par : A. Mabanckou | dimanche, 24 septembre 2006
Ecrit par : Jo Ann v. | dimanche, 30 septembre 2007
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